Questions 71

Zone de Texte: «FAQ» sur la Vie

?

Zone de Texte: Les questions qu’on se pose sur la vie

Placide Gaboury

répond

à vos questions

. RETOUR .

Questions 72

Questions 73

. RETOUR .

Ne croyez-vous pas que c'est Dieu qui nous change plutôt que nous-même ?

Par notre oui, nous laissons Dieu agir en nous, nous ne pouvons le faire seul.

Nous avons besoin des autres. Dieu est une autre personne ?

 

Le changement que nous cherchons s'appelle croissance, évolution, ouverture, créativité accrue, amour plus généreux. Cet accroissement de conscience et d'énergie est déjà présent en nous comme la semence d'un érable contient tout l'épanouissement possible de l'arbre adulte. Cette capacité infinie d'épanouissement, c'est la présence du Divin en nous, qui petit à petit va abattre des écrans érigés par l'ego pour enfin s'exprimer dans sa plénitude. En ce sens, on peut dire que toute forme de progrès créateur est due à la poussée de la semence divine.

 

Ce n'est donc pas l'ego qui opère la transformation, c'est plutôt malgré lui que cela se produit. Mais dire que c'est le Divin, c'est dire que c'est réellement nous‑même, le meilleur de nous, la source même de notre être, notre racine, comme on peut voir dans la semence l'arbre épanoui qu'elle contient. C'est nous dans le sens que c'est le niveau le plus fondamental, l'origine en nous, l'enfance pure aux possibilités illimitées, la force du torrent avant qu'il ne soit bouché par les peurs et les préjugés. Notre oui n'est pas dit par l'ego émotif, c'est déjà le résultat d'un éveil, d'une suggestion, d'une pulsion venue du Divin qui frappe à la porte. Son appel et notre oui sont la même chose. Sans cet appel, on ne peut dire oui, sans oui, son appel demeure sans suite.

 

Notre être dépend tout d'abord du Divin. Et ensuite, nous avons besoin des autres : les talents et les expériences d'autrui ont beaucoup à nous apprendre, Dans la vie concrète, on ne peut tout faire soi‑même, on ne peut soi‑même posséder toutes les spécialités. Mais ce ne sont pas les autres qui nous font dire oui à notre vie, à la vie, à l'Intelligence Créatrice, à la Tendresse sans condition.

 

Personne d'autre, aucune autorité extérieure, aucune technique non plus, ne peuvent dire ce oui à notre place. En ce sens, je dis bien que nous avons besoin des autres pour des choses secondaires, mais jamais notre être ne doit dépendre d'un humain. «Maudit soit celui qui dépend de l'homme», nous répète souvent la Bible. Mais je ne dirais pas que Dieu est une autre personne ou un autre être. C'est cependant ce qu'on croit et enseigne (impose) dans certaines religions, surtout dans les religions du Livre : judaïsme, christianisme, islam. Or, la tradition spirituelle dit l'inverse.

Le Divin est le fondement de chacun, son centre, son Coeur, son origine, un peu comme la semence contient déjà l'arbre tout entier ou le sang contient la vie ou l'eau, tous les vivants. En somme, on n'existe pas sans le Divin, ce n'est pas un appendice ou un membre adventice : tout y est dès le début. Tout a toujours été en nous, et nous avons toujours été dans ce Tout.

Je crois même que le fait d'avoir projeté le Divin en dehors de soi, comme on le fait avec les figures parentales, constitue l'erreur fondamentale des religions transcendantalistes (qui voient le Dieu comme transcendant: en dehors et au‑dessus). C'est une erreur justement parce que toute forme d'autorité parentale perçue comme extérieure à soi crée automatiquement une dépendance et un infantilisme habituel chez ce genre de croyant. Mais ce n'est pas tout, le plus grave est qu'on croit et fait croire que les autorités religieuses extérieures sont les seuls représentants légitimes de cette Autorité Infinie qu'on appelle Dieu, que ces autorités sont les seules à pouvoir interpréter les volontés de ce Dieu. La structure pyramidale est fixée: celui qui est en haut de la pyramide a les pleins pouvoirs du fait qu'il se trouve plus près de Dieu (qui chapeaute le triangle). Tous ceux qui se trouvent à des niveaux inférieurs à celui‑ci sont moins autorisés à interpréter les dires et désirs du Divin, et s'en trouvent par le fait même de plus en plus éloignés et inférieurs à mesure qu'ils s'approchent de la base.

 

Ainsi, il y a le Pape en haut et les femmes en bas. Cette vision féodale favorise le pouvoir absolu de l'humain sur l'humain, ou pour être plus précis, du mâle sur la femelle. Elle ne peut favoriser l'autonomie de chacun ni la possibilité de s'épanouir pleinement selon les directives de la source qui habite chacun. «(De chacun de vous jaillira une fontaine d'eau vive» ... )

On ne peut recevoir ses commandes à la fois de l'extérieur et de l'intérieur. L'Église a toujours enseigné que c'est elle tout d'abord et avant tout qu'il fallait écouter. Ceci a produit le complexe du troupeau, une seule pensée, une seule action, une seule conscience, ainsi que le complexe de supériorité qui légitime toutes les formes d'intolérances et de manipulations. C'est le lieu de la culpabilité, de l'abus de confiance, de la persécution gratuite (Bruno, Galilée, Teilhard) et finalement d'un clergé misogyne.

La voie spirituelle commence le jour où l'on sait pour l'avoir vécu qu'aucun être humain n'est supérieur à soi devant Dieu, qu'on ne doit soumettre son coeur, son âme, son être à quiconque, dût‑îl se proclamer l'Envoyé de Dieu. Cela veut dire aussi qu'aucun être n'est notre inférieur ou notre chose. L’envoyé de Dieu c'est chacun de nous, l'incarnation de Dieu, c'est chacun de nous, l'autorité sur notre vie c'est encore chacun de nous.

Le Divin en nous est le seul maître. On n'a pas le droit de diviniser personne (c'est‑à‑dire placer cette personne au‑dessus des autres). Mais idolâtrer c'est la chose la plus facile, que ce soit pour le pape ou pour Michael Jackson c'est aussi la chose la plus dangereuse, la plus contraire à toute forme d'autonomie, d'écoute intérieure, de fidélité à soi et de respect de Dieu.

 

Jésus le disait pourtant: «N'appelez personne père, maître ou directeur spirituel, car nous n'en avez qu'un qui est en vous». Mais qui vraiment écoute Jésus au lieu de brandir son nom? Il y a certes des rôles supérieurs, c'est nécessaire pour qu'une organisation efficace existe et fonctionne. Mais jouer le rôle de premier ministre ou de p.d.g. ne fait pas de nous un être supérieur devant Dieu. Devant les hommes, on peut le croire, mais c'est à nos propres risques et dépens. Car si on empêche les autres d'évoluer en les soumettant à soi, en se créant une Eglise, un groupe de fidèles, on s'empêche soi‑même d'évoluer. La croissance se fait toujours à deux : en croissant, l'autre croit, en refusant à l'autre la croissance, on se la refuse.

La phrase «Dieu est une autre personne» peut aussi s'entendre de la façon suivante: chaque personne dont on a besoin peut être pour nous Dieu. Oui, c'est non seulement chaque personne qui peut être canal divin, mais le sont aussi un animal, un événement, une épreuve, un coucher de soleil. Toutefois, avant de pouvoir reconnaître le divin chez les autres, il faudra commencer par soi‑même, en se pardonnant, en s'aimant assez pour n'avoir plus besoin de se faire valoriser par les autres. Autrement, on va toujours ramener les autres à soi ou se référer aux autres.

Y’a-t-il moyen de trouver sa place dans la société, même quand on se sent exclue ?

 

Se sentir exclue peut être justifiée ou non. Cela peut venir des autres – à cause de notre inconduite – ou de vous-même, à cause de notre incapacité de nous accepter tel que nous sommes.

 

Pour ce qui regarde votre part en tout cela – étant donné qu’on ne peut changer l’opinion des autres -, il s’agit que vous soyez acceptée par vous-même au lieu d’être exclue par vous-même. Si vous n’avez pas confiance en vous, les gens de l’extérieur seront déstabilisés à votre égard. C’est à vous de retrouver votre confiance.

 

Cela se fait en posant des actes réussis, en commençant par des choses très simples : faire une commande, cuire un repas, se servir d’un ordi, entretenir une conversation, réussir quelque chose que vous aviez de la difficulté à accomplir. Et, à force de multiplier ces réussites, vous pourrez enfin sentir que pour vous-même, vous êtes une personne très bien, qui sait se débrouiller, qui est loin d’être dépourvue. Et lorsque vous aurez repris confiance, vous aurez la force de rencontrer ceux que vous voyez : c’est vous qui établirez les termes de votre rencontre, du fait que vous êtes en confiance. Cela doit commencer par un petit geste de rien.

 

Ce n’est pas la société qui détermine votre place, c’est votre façon de vous voir vous-même et ensuite de voir la société comme vous acceptant, qui vous met à votre place.

 

Tout est dans l’expression ‘’se sentir exclue’’ : une émotion, une interprétation qui peut ne pas être fondée sur autre chose que votre impression – des réussites, des actes, et sortez graduellement de votre exclusion, celle que vous imposez à vous-même.

Est-ce que les trois formes d’amour peuvent se réaliser avec la même personne?

Se peut-il que l'on réalise les deux premières formes avec un partenaire,

et la troisième avec un autre ?

 

Je dois tout d'abord situer pour le lecteur les trois formes d'amour dont j'ai parlé en conférence. Ces façons d'aimer représentent pour moi les diverses étapes que nous les humains traversons dans nos cheminements amoureux. Ces étapes peuvent être simultanées, mais il y a moyen de les distinguer pour mieux les comprendre. Ce sont la sexualité, l'émotion et la tendresse, autrement dit, l'amour physique, l'amour romantique et l'amour‑tendresse. Ces chemins s'ouvrent finalement sur une autre façon d'aimer qui semble l'aboutissement de l'amour humain : la compassion, l'amour inconditionnel.

J'ai souvent comparé les trois niveaux d’amour à un vaisseau spatial en trois sections, dont la première en s'éjectant fournit un puissant élan aux deux autres. À son tour, la seconde section s'éjecte, lançant la dernière sur son orbite spatiale. Ainsi, les deux premières portions, ce qu'on appelle en langage technique les fusées d'appoint, existent en fonction de la troisième, qui est la seule à entrer vraiment en orbite.

 

Cependant, il faut préciser, c'est la limite d'une comparaison, que dans l'amour, le physique (premier tronçon) et la passion ou l'amour romantique (deuxième tronçon) ne sont pas en réalité séparés de l’amour‑tendresse, même s'ils préparent et enrichissent celui‑ci. Car dans la réalité quotidienne, les trois coexistent et se complètent. Ils sont même nécessaires l'un à l'autre. Vois‑tu, je ne pense pas que l'on puisse atteindre la tendresse et encore moins l'amour qui est au‑delà, l'amour inconditionnel, sans passer par le sexuel et le sentimental. On ne saute pas d'étape.

 

Et chaque étape pousse dans la même direction. C'est pour illustrer ce point que j'utilisais la parabole du poisson. Dès que le poisson voit un ver remuer ou gigoter, il a le goût de l'attraper pour s'en nourrir. Mais sans le savoir, en prenant le ver, c'est lui‑même, le poisson, qui est pris. Et celui qui prend c'est le pécheur. Ainsi, l'amour sous toutes ses formes, est toujours une attraction du pêcheur universel (et je ne veux pas dire Jésus!), du dieu infini, de L’Éternel en chacun de nous. Même l'amour physique. Pour moi, il n'y a pas de coupure dans l’être et chaque élément est fait pour nous mener vers l’épanouissement total. Maintenant je peux répondre à ta question! Oui, les trois formes d'amour pourraient se réaliser avec la même personne. Cela supposerait, bien sûr, que les deux partenaires aient vécu ensemble plusieurs expériences dans leurs vies antérieures, pour franchir tous les obstacles qui les empêcheraient d’atteindre l’harmonie en eux‑mêmes et entre eux.

 

Mais habituellement, cela se déroule un peu comme tu le décris : on réalise l’une ou l'autre étapes avec l’une ou l’autre personne, puis on finit par pouvoir entrer dans une relation où la passion va céder le pas à la tendresse. C'est justement parce que toutes ces étapes‑là ne peuvent pas toujours être réussies avec la même personne, qu'on ne peut d'avance exiger qu'une relation amoureuse ou une aventure de couple durent toute la vie. On n'est pas sur cette terre pour réussir tout d' abord un couple, mais pour progresser, apprendre et croître. Pour apprendre à aimer, pour explorer, s'ouvrir, s'universaliser. C'est pourquoi plusieurs partenaires ne peuvent engager toute leur vie dans un seul contrat de mariage ou une seule promesse de fidélité.

 

Ils vont apprendre une leçon avec une personne, puis continuer avec une autre, pour reprendre plus loin les apprentissages demeurés incomplets. Je crois même que la notion du mariage comme aboutissement fatal de toute relation entre homme et femme, ne constitue pas une norme universelle. (C'est un peu comme le complexe d'Oedipe que l'on a longtemps cru universel chez les humains, et qu'on sait aujourd'hui n'être qu'un trait occidental, puisqu'il n'existe pas chez les habitants des îles du Pacifique, si l'on croit les recherches d'anthropologues éminents tels que Margaret Mead.) Il ne faudrait pas trop se hâter de conclure que tel comportement est tributaire de la nature humaine plutôt que d'une longue coutume. La nature humaine est quelque chose de beaucoup plus souple et d’ouvert qu'on ne croyait ou qu'on ne croit encore aujourd’hui.