Questions 59

Questions 60

Zone de Texte: «FAQ» sur la Vie

?

Zone de Texte: Les questions qu’on se pose sur la vie

Placide Gaboury

répond

à vos questions

. RETOUR .

Questions 62

Questions 61

. RETOUR .

Aujourd'hui, faut il être encore fidèle en amour ?

 

Fidélité, exclusivité. J'ai parlé plus haut de l'exclusivité qui est comme un droit, un acquis revendiqué par la prise sexuelle que l'on a sur le corps de l'autre. On ne veut pas que le partenaire donne son corps à un tiers (bien que pour soi-même on ne soit pas toujours aussi sévère!). Mais la fidélité se situe à un autre niveau que celui de l'exclusivité. Au début de l'amour, durant la phase sexuelle, c'est l'exclusivité qui domine, la prise jalouse. Dans l'amour plus mûr, plus évolué, c'est la fidélité. La fidélité est l'attitude qui est typique de l'amitié. En amitié, c'est le critère et la condition d'une relation vraie, de la vérité du lien. Et dès que l'amour atteint le niveau de l'amitié amoureuse, l'amour-tendresse, la fidélité est généralement acquise. L'exclusivité qui est plus physique est dépassée. La fidélité est la capacité d'être vrai vis-à-vis de quelqu'un, de conserver à son égard la même attitude, quoi qu'il arrive. Elle est basée sur la fidélité pratiquée envers soi-même. Chez des personnes qui s'aiment d’amour tendre et non plus passionnel, une séparation ne changera pas leurs attitudes mutuelles profondes. Et ni la cohabitation ni la séparation n'altéreront cette solidité ancrée dans le cœur. C'est comme l'amitié réelle que les conditions extérieures ne détériorent pas. C'est une relation basée sur ce qu'il y a de plus solide dans l'être humain.

L'exclusivité, c'est une exigence, une réclamation née de la peur de perdre et que l'on ne retrouve plus dans la fidélité. Ainsi, lorsque les amoureux passionnels se séparent, ils se déchirent et se détruisent. Mais lorsqu'ils seront parvenus individuellement ou ensemble à la tendresse, il n'y aura pas ce déchirement, mais une entente, une acceptation, la compréhension que chacun peut poursuivre son chemin, sans attendre pour cela les cheveux blancs: l'accès à l'amour‑tendresse n'est pas affaire d’âge mais de conscience, de maturité de cœur. En d’autres mots, il importe peu de vivre ou de ne pas vivre avec une personne qu'on aime réellement. L’amour qu'on a pour elle n’est pas affecté par le fait de vivre séparément, bien qu'il puisse l'être par la cohabitation qui étouffe souvent les conjoints en n'assurant pas à chacun d’eux un espace suffisant et des temps libres, ou même encore, des absences. Une relation doit respirer et pour respirer, il doit y avoir variété, passage d'un état à l'autre, avec beaucoup de petites vacances et de petits congés où chacun se retrouve seul.

Je pense qu'en ce qui regarde la fidélité, on s'est beaucoup tourmenté pour rien. Il s'agit d'être fidèle à soi-même tout d’abord. Ne pas agir pour faire plaisir aux autres ou en obtenir un bienfait, mais agir uniquement par goût, en écoutant son cœur, son intuition. Et continuer de faire cela jusqu'à ce que ça devienne une habitude, que ça devienne sa vie. En conséquence, on ne pourra être vraiment infidèle à personne, bien qu'on puisse ne pas toujours faire plaisir, puisqu'on agira selon son goût plutôt qu'en vue de plaire.

On a trop souvent pensé que l'infidélité en mariage (le cocu, la maîtresse) était la mort de cette institution. Ce qu'il faudrait plutôt dire, c'est que le mariage donne souvent le coup de grâce ou paralyse l'amour, et que ce n'est pas tellement le mariage qu'il fallait louer ou sauver, mais l'amour, la capacité de vraiment aimer quelqu'un de tout son être. Cela pouvait se faire dans le cadre du mariage bien sûr, mais c’était rarement réussi parce que, tout d’abord, l’amour ne vit pas de règles ou de contrats. Très souvent le mariage a tué l'amour. C'étaient les enfants qui tenaient le couple unit, ce n'était pas nécessairement l'amour. Mais la personne qui quitte une relation, continuera à développer l'amour, puisque c'est sa capacité d'aimer vraiment qui en fait une personne totalement, non sa capacité de cohabiter avec quelqu'un. La cohabitation peut n'être qu'une étape de la vie, alors que l'amour, c'est la vie même : il doit croître sans arrêt.

On dit cependant dans la Bible : « Ce que Dieu a uni,

que l'homme ne le sépare point». Qu'en pensez-vous ?

 

Dans le Nouveau Testament (et non dans la Bible, livre appartenant aux Juifs, mais que les chrétiens se sont approprié comme tant d’autres choses), on trouve en effet ces paroles prononcées, dit‑on, par Jésus. Je suis d'accord avec elles à condition de s'entendre sur «ce que Dieu a uni».

Quand deux êtres pourraient‑ils être unis «par Dieu», par cet Esprit universel, inconnaissable par la pensée, sans corps, plein de douceur, de force, de créativité, d'intelligence et rayonnant de partout, qui habite pleinement au cœur de chacun ? Quand est‑ce que cela unit deux êtres ? Lorsque ces deux êtres vivent consciemment en cela. La plupart des hommes et des femmes se sont unis pour d’autres raisons : besoin sexuel, besoin d'être possédé (on serait surpris du nombre de personnes qui l'avouent), solitude, illusion de retrouver un paradis de plaisir, peur de rester vieille fille ou vieux garçon, besoin d'argent (le parti est riche), renommée de la famille, etc... Mais à peu près jamais on n'aura affaire à deux êtres sans possessivité, sans esprit de domination qui «laissent comme Dieu tomber la pluie sur les bons comme sur les méchants», des êtres de paix, écologiquement conscients, fidèles à eux-mêmes et en continuelle croissance.

Ce que je décris là, c'est l'étoffe de l'amour-­tendresse, bien sûr. Mais être en Dieu ne veut pas dire être asexué. Le sexe y est présent, mais n'obsède pas, il n'est pas le ciment premier qui relie les deux êtres, il joue un rôle de soutien, un rôle complémentaire. Il a passé son rôle premier au Coeur. Cependant, toutes les énergies restent vives en eux et tout exprime l'amour généreux plutôt que la possessivité, c’est‑à‑dire que même leur sexe est une expression de don et non plus une recherche égoïste inspirée par la peur. Ce n'est que lorsqu'on n'a plus peur de perdre la personne aimée qu'elle nous reste pour toujours, même s'il y a séparation. Et c'est alors que l'homme ne peut séparer «ce que Dieu a uni».

Curieusement, Susan Campbell, après son enquête auprès des couples durables, conclut dans son livre ‘’Changer ensemble’’, que «la plupart de ces couples ont un objectif spirituel commun». Et faut‑il le dire, cette conscience spirituelle n'arrive qu'après les autres étapes franchies. Elle est en réalité un aboutissement des aventures amoureuses. Et comme elle en est l'épanouissement, la sexualité est devenue une fête, un jeu, une célébration d'enfant, une communion avec tout l'univers.

Est-il possible, avec la même personne, de passer de la passion à la tendresse?

 

Oui, j'en ai fait moi-même l'expérience. Très souvent ce passage s'effectuera avec une autre personne que celle qu'on aime passionnément (comme je l'ai déjà dit dans une autre question). C'est une autre étape qui peut du reste être franchie après plusieurs essais d'amour passionnel avec autant de personnes différentes. Eh bien oui, j'étais follement amoureux de quelqu'un qui n'était pas passionnément attiré par moi, mais qui avait pour moi beaucoup de tendresse. J'ai été très brisé quand j'ai dû reconnaître que cette femme n’avait pas la passion qui me brûlait, j'en étais démoli et je croyais voir s'écrouler ma vie. (Cette situation est très commune en amour ou rarement les amants s'aiment avec la même intensité.) Mais avec le temps, alors que son attitude à mon égard resta stable, petit à petit mon attrait physique se mua en grande tendresse. Cela ne prit que deux ans et ne s'est pas démenti depuis. Par conséquent, je sais maintenant que le passage de la passion à la tendresse est possible avec la même personne.

Concrètement, dans la vie de tous les jours, comment vivre une domination?

 

Depuis un certain temps, l'homme et la femme ont exacerbé leurs oppositions. On appelle cela la guerre des sexes, dont on a vu l'escalade avec le mouvement du féminisme militant et qui a suscité une réplique chez les hommes. Et comme en Occident le monde des affaires, de l’argent et des pouvoirs est somme toute, aux mains des mâles, il y a toujours récrimination, hostilité et agressivité entre les deux. Mais ils ne sont pas deux et toute cette «guerre des sexes» est basée sur une fausse idée de l'être humain. On oppose les deux sexes, alors qu'ils sont complémentaires non seulement l'un vis-à-vis de l'autre, mais à l'intérieur du même individu. Chaque homme doit avoir, selon Jung, deux cinquièmes de féminin, et chaque femme, deux cinquièmes de masculin, simplement pour fonctionner de façon équilibrée. Voir l'autre sexe comme son ennemi, c'est de la guerre civile. Il faudra, comme dans toute tentative de paix, que chaque partenaire regarde ce qui en lui empêche l'entente entre ce qu'il considère comme deux ennemis. Mais c'est tout d'abord le côté féminin de l'être qui doit être découvert, raffermi, épanoui. Tout simplement parce qu'il a été oublié et méprisé. L’être humain est présentement déséquilibré (surtout en Occident) par une trop forte dose de «yang» aux dépens du «yin». Toutes les valeurs véhiculées par la science, l'exploration géographique, l'impérialisme, n'ont développé et valorisé, à toutes fins pratiques, que le pouvoir dominateur et ses instruments (la raison, le calcul analytique et leurs corollaires, l’insensibilité aux valeurs yin telles que la réceptivité, la compréhension, la compassion, l'intuition, la spontanéité, l'admiration, la joie et surtout la conscience du divin). Or, cette campagne de domination et de pouvoir a créé des abîmes entre dominants et dominés, c'est‑à‑dire, entre riches et pauvres, entre P.D.G. et employés, entre hommes et femmes, entre les clergés et leurs ouailles. Si bien que la conception qu'on se fait de l'être humain est cancéreuse.

La réalité est que l'humain fonctionne tout d'abord à partir de son cœur plutôt que de son cerveau. Ceux qui mettent le cerveau (la connaissance rationnelle) en première place sont justement des exemples de cette vision fausse et étriquée. La tête, la raison, doivent se soumettre au cœur et non l'inverse. Or, la tête unie aux émotions est le siège de l'ego, de cette conviction que c'est moi qui mène, qui suis au contrôle et que j'aurai ce que je veux. Cet ego est né de la peur, de mourir, de n'avoir aucune certitude sur l'au-delà, de souffrir, d'être abandonné, de perdre ses pouvoirs, ses admirateurs et ses biens. Cette peur en nous, c'est radicalement la peur que ressent l'enfant lorsqu'il est coupé de sa mère, c'est le sentiment d'être coupé de notre source, d’être voué au néant, d'être seul. Mais il y a une autre dimension en nous qui est située dans la région du Cœur. Là se trouvent la confiance, la fidélité, l'amour‑compassion, la sécurité intérieure, la certitude que l'univers ne peut me manquer ou me trahir parce que son dieu est en moi. Ce sont là des attributs plutôt féminins, si on les compare aux autres qui sont nettement plus dominateurs et inspirés par la peur. (Mais attention, ne pas confondre féminin avec femme, ou masculin avec homme, ce sont des principes, des prédispositions, des attitudes de l'être même qui, lui, n'a pas de genre.) Mais alors que les habitudes de l'ego se développent spontanément par les besoins naturels, les habitudes du moi supérieur ne se développent qu'avec de l'attention, de la persévérance, de travail et de la conviction. Il faut vouloir de tout son être rentrer en contact avec sa source, avec son Coeur, il faut s’accepter, se pardonner, se changer, se renverser comme un gant. Cela demande du courage.

Je te dis que ce n'est que dans la mesure où l'être humain dépassera ses urgences et dépendances sexuelles, ses culpabilités, ses préjugés, ses intolérances, largement inspirés par sa religion, qu'il pourra atteindre en lui et autour de lui une conscience de la race humaine comme famille unique, et qu'il pourra développer de la compassion pour ses semblables, ce qui est présentement le trait féminin le plus en défaut. Le complexe dominant/dominé est un monde révolu, dans ce sens qu'il n'a produit ni paix, ni bonheur, ni abondance, puisqu'il crée automatiquement des pauvres, des révoltés, des dépendants. Il faut renverser cette vision, cette habitude, faire éclater ce blocage. Servir le Moi supérieur en nous, la Comparaison, le Coeur. Que la raison humaine se fasse enfin la servante du Coeur de la famille humaine. C'est à ce niveau‑là qu'il faut considérer les choses. Dans le concret de ta vie, si tu n'as pas écouté ton coeur, si tu n'a pas misé sur ton intuition, si tu n'as pas appris à te pardonner et à t'aimer, et ainsi à comprendre les autres qui vivent substantiellement les mêmes épreuves que toi, tu vas vivre dans le modèle du dominant/dominé, cherchant obscurément à dominer (si tu es dominante) ou au contraire à être dominée (si tu veux être menée ou possédée). C'est justement dans la vie de tous les jours que tu devras te rendre compte de ce que tu n'aimes pas en toi et auquel tu t’opposes, de ce qui te rend agressive à ce qui ressemble à toi chez les Autres, pour devenir sensible uniquement à ce qui chez l'autre (et donc en toi) est positif, grand et beau. Tu dois devenir autonome, auto‑suffisante et contente d'être toi-même. Dans la mesure où tu seras heureuse en toi-­même, tu ne te laisseras plus dominer, puisque toi-même tu ne chercheras plus à dominer. Tu seras enfin libérée de la guerre des sexes, en toi et dans tes relations. Les Hindous représentent souvent les principes de vie sous la forme d'une sculpture verticale (le lingam, sexe mâle) s'appuyant sur un socle ressemblant à une soucoupe stylisée (le yoni, sexe femelle). À première vue, cela semble évoquer la compénétration des sexes, l'union sexuelle. Mais ce n'est pas ce que les Hindous y voient. Leur interprétation est que le masculin sort toujours du féminin: ce qui est raison, calcul, analyse, pouvoir, domination doit céder à ce qui est réceptif, compatissant intuitif et créatif, puisque c'est ceci qui est premier et que c'est dans la mesure où le féminin prédomine qu'il y a sagesse. Du reste, si l'on regarde le fœtus humain, le sexe y apparaît tout d’abord comme un vagin (plus les tétines sur la poitrine) et si l'entité doit être un mâle, le vagin se transforme alors en pénis, mais les vestiges que sont les tétines demeurent. La mère en nous est première, on en sort et on y retourne.