Questions 57

Zone de Texte: «FAQ» sur la Vie

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Zone de Texte: Les questions qu’on se pose sur la vie

Placide Gaboury

répond

à vos questions

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Questions 58

. RETOUR .

Sommes-nous condamnés à perdre l'expérience sexuelle

à mesure que nous devenons spirituels?

 

Tu n'es condamné à rien. Mais ton corps change à chaque instant. Il y a des choses que tu faisais autrefois, sauter haut, courir vite, lever de grands poids, manger, boire et baiser à l'excès, qui seront progressivement exclues. En revanche, il y a des réalisations que tu ne pouvais atteindre et que tu réussiras enfin : tu comprendras le sens de toutes les étapes passées, la valeur de tes souffrances et épreuves, tu verras davantage l'ensemble du monde et comprendras mieux ses lois, tu pourras te situer à un plan plus élevé pour saisir les mécanismes du karma et du destin, tu verras mieux la mort, et surtout, tu comprendras mieux les autres humains en qui tu te reconnaîtras enfin. À mesure que tu t'universaliseras, que tu te sentiras uni à tous les êtres de la nature, tu perdras la nécessité de vouloir posséder, tu perdras la peur qui te plongeait dans l'insécurité et poussait à contrôler, tu danseras avec les choses et célébreras la vie telle qu'elle est, sans regret, sans amertume, sans attache.

 

Ce qui rend pleinement humain, ce n'est pas le pouvoir d'être le plus grand performant sexuel, c'est d'avoir traversé toutes les expériences mais sans rester pris dans aucune d’elles, devenant progressivement tout le monde, toute la nature, comprenant ainsi tout cela de l'intérieur, par les tripes, par l'instinct l'émotion, le cœur. Ce qui nous humanise le plus, c'est d'être plein de cet amour inconditionnel qui est le sentiment de Dieu. (En réalité, Dieu est un sentiment, un feeling, «un peu» comme, celui que l'on connaît dans un amour humain comblé.

Dès qu'on s'arrête sur un chemin de l'amour quel qu'il soit, on est paralysé. Pour tout comprendre, il faut tout vivre comme un apprentissage et une découverte qui n'arrêtent pas. Celui qui ne fait que répéter le passé (ne serait-­ce que le plaisir connu qu'on cherche à retrouver) n'est plus dans la mouvance créatrice de la vie où rien ne se reproduit deux fois de la même façon. La croissance nous fait abandonner beaucoup de choses, mais ce n'est pas pour nous priver, c'est pour nous garder ouverts et disponibles. Légers comme le danseur. Pour être de moins en moins identifiés aux formes, aux apparences, et de plus en plus à la Vie qui, de l'intérieur, fait vibrer ces myriades de choses.

 

Laisse-moi maintenant reprendre tout cela autrement. Dans la tradition ésotérique venue de l'Inde, on voit l'être humain comme une turbine énergétique qui capte les vibrations très subtiles de l'univers et les transforme en énergies de moins en moins subtiles, jusqu'au niveau le plus physique. Ces transformateurs, au nombre de sept, sont appelés chakras (roues). Ils reçoivent l'énergie subtile et la distribuent aux glandes majeures, aux centres nerveux et aux organes. Mais à cause de leurs liens avec les hormones, ils servent de véhicules aux émotions. Si bien que les troubles émotifs brouilleront les chakras et ainsi le corps tout entier en sera touché. Car il ne faut pas oublier que les sept chakras ne fonctionnent bien que lorsqu'ils sont équilibrés entre eux, et qu'un chakra trop nourri, trop entretenu, comme lorsqu'on est trop obsédé par le sexe, prive d'énergie tous les autres.

Les sept transformateurs sont situés aux endroits suivants :

sommet du crâne (couronne) glande pinéale

front (troisième oeil) ‑ hypothalamus‑pituitaire

gorge (ganglion cervical) ‑ thyroïde

cœur (plexus cordial) ‑ thymus

solaire (plexus solaire) ‑ surrénales

sacral (complexe génito‑urinaire) ‑ gonades

racine (coccyx) ‑ surrénales internes

 

Les trois du bas sont le lieu des énergies radicales, terrestres, branchées. Le premier (la racine) assure des instincts de survivance, le besoin de nourriture, l'instinct de fuite ou de combat pour défendre la vie. Le deuxième, c'est le lieu de l’énergie subtile de la fonction sexuelle, comprenant l'émotion sensuelle et la sexualité propre. Le troisième se réfère à l'énergie subtile du pouvoir personnel, avec toutes ses oppositions et frustrations. Ces trois premiers chakras sont ce que les anciens appellent le champ de l'ego: l'argent (sécurité, le dieu Mamon de l'évangile est le symbole de la sécurité), le sexe, le pouvoir. La deuxième série comprend la gorge, le front et le sommet du crâne, mais pour y accéder, il faut passer par le cœur. Le cœur est le quatrième chakra. Il fait le pont entre le «haut» et le «bas». Comme le dit  l’éminent médecin Richard Gerber, auteur de l'ouvrage génial ‘’Vibrational Medecine’’ : «Le centre du cœur est un chakra de transition, servant de médiateur entre les énergies terrestres inférieures et les énergies spirituelles plus élevées». Or, le «bas» a toujours été associé, comme je l'ai dit, à l'ego, à la conscience inférieure, et à cause de cela, au mal.

Mais le pouvoir, le sexe ou l'instinct de défense ne sont pas mauvais comme tels (rien comme tel ne l'est). Ils le sont parce que ou dans la mesure où justement ils sont séparés des trois du haut. En somme, ce que je veux dire, c'est que l'amour est ce qui relie le haut et le bas, tout comme la couleur verte est ce qui, au milieu du spectre lumineux, constitue la couleur harmonisant et guérisseuse, qui est justement la couleur du cœur. Si le cœur est ce qui relie ensemble le haut et le bas, l'absence de cœur ou d’amour coupera le bas du haut, le bas tombant sous la domination de l’ego et se changeant ainsi en négatif. Mais je le répète, ce n'est pas le bas en soi qui est négatif, c’est le fait qu'il soit séparé du reste, c'est‑à‑dire qu'il soit sans amour. En effet le cœur est le centre subtil où l'amour commence et s'achève: on y trouve l'amour­passion de même que l'amour inconditionnel. Tout ce qui relie se trouve dans le cœur et passe par celui-ci. Le blocage du chakra du cœur empêchera donc l'amour unificateur de se réaliser, de s'épanouir, de s’universaliser. Mais en même temps, il déclenchera une faiblesse immunitaire, une incapacité de se défendre contre les virus et les poisons du stress. Ainsi, l'absence d'amour de soi de même que la tristesse, la solitude, le deuil, la dépression, l'incapacité de se sentir aimé ou le refus d'aimer pourront inviter des troubles tels que l'infarctus, la thrombose coronarienne, l'asthme, le diabète et les maladies du thymus. Le mauvais fonctionnement de cette glande entraîne à son tour toutes sortes de maladies reliées aux infections virales.

Le chakra du cœur s'ouvre dès que l'amour émotif (passionnel) sème la capacité de s'épanouir jusqu'à un amour inconditionnel. Et cet amour sans condition est le lieu de la conscience supérieure, divine et cosmique. Le cœur subtil devient ainsi le transformateur central, le lieu principal de la transformation des émotions qui passent ainsi du négatif au positif, de l'égoïsme à la compassion complète, de la conscience étriquée à la conscience cosmique. Ainsi passe‑t‑on de la terre au ciel, comme on l'imaginait dans les anciennes cosmogonies. «Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel», dit‑on au Père absolu qui crée, comprend, harmonise et énergise ce monde d’apparences qui nous séduit et nous retient. Le passage de la terre (le monde des attaches possessives) au ciel, se fait par le Coeur (subtil), par l'amour. C'est là que la volonté de l'ego (la terre) se mue en volonté divine (le ciel) qui se manifeste constamment dans les chakras du haut. Alors le flot d’énergie qui inonde le Cœur, parcourt comme un courant électrique tous les chakras, tous les niveaux de conscience, tous les centres de connaissance. (C'est comme dans le songe de Jacob, où les anges, les messagers du ciel, descendaient et remontaient l'échelle entre ciel et terre.)

Le pouvoir, la sexualité et la sécurité matérielle sont purifiés par l'amour, ils peuvent enfin s'exercer dans la joie et l'harmonie de l'ensemble et contribuent enfin à son épanouissement complet. La relation sexuelle à ce niveau est une communion avec l'univers, depuis les amibes jusqu'aux étoiles.

Quel est le sens du sida d'après vous, est-ce une malédiction divine?

 

J'ai placé cette question immédiatement après ma digression sur les chakras parce qu'elle est très reliée à ce que j'ai dit. Tu te souviens que j'ai parlé d'un manque d'harmonie du corps lorsqu'un chakra était trop accentué aux dépens des autres. Lorsqu'il n'y a pas d'amour vrai entre les personnes, leurs relations sexuelles (surtout si on change souvent de partenaire) concentrent trop d’énergie sur le centre gonadal et pas assez sur les autres fonctions.

Dans les débuts de la maladie du sida aux USA, il y avait évidemment une corrélation étroite entre le mode de vie des gays et leur incapacité de se défendre contre certaines infections. Les gays, tout comme les couples hétérosexuels engagés dans la course aux plaisirs, ne pratiquent pas toujours l'amour vrai et sont souvent préoccupés par le corps. Ceci, ajouté au fait que les gays n'aiment pas leur corps et leur sexe, ne croient pas pouvoir être aimés comme ils le voudraient, et surtout au fait qu'ils sont persécutés par des groupes d’opinion très influents tels que les religions réactionnaires, joue contre eux et contribue grandement à les affaiblir sur le plan immunitaire. Ils en deviennent incapables de se défendre.

J'ai déjà fait remarquer combien le cœur est relié au système immunitaire par le thymus, entre autres. Eh bien, dans le cas du sida, le manque d’amour (qui est la fonction centrale de l'être) affaiblit tout le système de défense par le biais du sexe qui est devenu un chakra complètement déséquilibré. Mais le sida, s'il manifeste chez les individus (hommes, femmes et enfants) qui entretiennent (ou dans le cas des enfants, ont entretenu dans une autre vie) des manques profonds dans le domaine de l'amour, peut, comme toute situation tragique, éveiller beaucoup d'amour­-compassion chez ceux qui ont gardé leur cœur ouvert. C'est en effet la population gay qui, par le truchement du sida, a éveillé l'humanité au besoin urgent (d'une urgence identique à l'urgence écologique) d’arnour vrai, de compassion universelle, de dépassement des préjugés.

(Les grandes chansons telles que «Quand les hommes vivront d'amour» sont touchantes, mais elles ne font pas passer à l'action, il faut des malheurs pour faire cela.) Tu vas dire: «Oui mais, c'est par la maladie qu'ils ont fait ça et ils ont entraîné tout le monde dans leur mal». Non pas. C'est tout le monde, je dis bien tout le monde, qui manquait sérieusement de tolérance et de respect, ce n'était pas une caractéristique gay.

Deuxièmement, si c'est par la maladie seule que l'humanité doit s'éveiller, alors la maladie sera l'instrument nécessaire de cet éveil, comme souvent chez un individu la maladie change sa vie et sa vision, depuis l'alcoolique jusqu'au cancéreux. On voit aux États‑Unis, au Canada, au Québec ainsi qu'en Europe, des groupes qui s'occupent des malades du sida et qui par cette ouverture et cette générosité, éveillent la race humaine tout entière au fait qu'elle est et doit vivre comme une seule famille souffrante, tout comme on a vu la terre entière accourir en Arménie pour s'occuper des sinistrés. Les grands cataclysmes et les souffrances qu'ils entraînent secouent les humains et leur rappellent leurs racines identiques. Quand le vent secoue l'arbre, toutes les racines résistent comme un seul homme.

 

Tel est le message principal du sida et de tous les désastres écologiques qui viennent seulement de se déclencher: «Hommes, femmes et enfants de la terre, rappelez‑vous que vous formez une seule famille, dont la terre est le premier membre, la mère, et que seul l’amour que vous aurez les uns pour les autres, un amour de compassion physique, d'aide concrète et de tendresse attentive, guérira à la fois la planète et l'humanité. Car les deux n'en font qu'un. Vous avez le privilège de guérir d'un seul coup les deux et ce sont les «malheurs» qui vous le fournissent». Quant à la «punition divine», ceux qui brandissent ces arguments sont eux-mêmes des foyers de colère et de haine. Ils devront sérieusement examiner leur cœur s'ils veulent s'épargner les malheurs qu'ils souhaitent (inconsciemment) aux autres. Car, s'ils projettent ainsi un dieu de vengeance, c'est que leur cœur en est rempli et que leur dieu, c’est en réalité la vengeance. Ces arguments d'apocalypse millénariste révèlent uniquement l'attitude de ces bourreaux, ils ne révèlent rien de Dieu.

La divine tendresse sait qu'il n'y a pas de punition venant de l'univers ou de son créateur, c'est‑à‑dire de l'extérieur de soi. Jamais le divin ne condamne. Et les événements que nous jugeons être des signes de «sa colère» ne sont que le déroulement naturel de nos désordres entraînant toujours un désordre similaire dans la nature ainsi que dans nos corps. Mais comme l'être humain est transi de culpabilité, de ce moralisme qui divise tout en blanc et noir comme dans un film de cowboys, il ne peut voir l'univers qu'en termes de punition et de récompense. Or, cette culpabilité, nous en avons déjà parlé: c’est le manque d'amour de soi qui fait qu'on se condamne et qu'on projette sur l'extérieur cette condamnation qui nous ronge. Lorsque chacun se sera regardé comme il faut, sans s'en vouloir, sans s'excuser non plus, mais en avouant ses fautes, honnêtement et sans sentimentalisme, il comprendra que la race humaine a une capacité infinie de bonté et de compréhension devant la souffrance, que ce n'est que la peur et son enfant, la culpabilité, qui empêchent cet atome d'énergie illimitée qu'est le cœur d’éclater comme un soleil.