Questions 49

Questions 50

Zone de Texte: «FAQ» sur la Vie

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Zone de Texte: Les questions qu’on se pose sur la vie

Placide Gaboury

répond

à vos questions

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Que faire avec nos pulsions sexuelles lorsqu'on n'a personne avec qui les satisfaire? Dans le même sens, lorsqu'on manque tout simplement d'affection, de tendresse ou d'une simple caresse, que faire?

 

Je rappelais plus haut la citation d’Arnaud Desjardins à l'effet que «l'argent ne fait pas le bonheur, mais seuls les riches le savent». Cette parole très sage s'applique à tous les désirs insatisfaits. Dieu est la réponse à tous les désirs et il les a semés en chacun de nous pour nous ramener vers lui, c'est‑a-dire vers notre cœur, notre centre, chez nous. Pour les satisfaire finalement.

Les désirs sont une des voies de la vie spirituelle. Mais à la condition d'en tirer les leçons. Le désir du plaisir sexuel, de la nourriture, de la richesse, du pouvoir, du succès, de l'affection ou de la tendresse sont tous des appâts que le Pêcheur éternel fait miroiter devant nous. Nous ne pouvons nier la présence du désir, même si nous pouvons en retarder ou en refuser la satisfaction. Le désir est semé en nous comme un germe lancinant. Mais quelle est cette leçon qu'enseignent les désirs ? Que leur satisfaction ne peut nous procurer le bonheur. (Le bonheur n'est pas dans le ver qu'on désire mais dans le pêcheur en nous qui sème l'appât) Mais tout d’abord, il s'agit de chercher dans la mesure du possible à satisfaire le désir, en acceptant bien sûr les conséquences de cette aventure. Et comme nous ne sommes pas des animaux, le simple fait d’obtenir un butin ne nous rassasiera pas. Les appels en nous sont infiniment ouverts, alors que l'animal est encadré par ses instincts. Nous sommes des êtres d'esprit et de lumière faits pour connaître et aimer, d'une connaissance qui est à la fois compréhension et union, comme une manducation de la chose connue, je deviens elle, elle devient moi.

Chaque acte est un pas vers la connaissance, la possession seule du butin ne saurait suffire, il faut que tout l'être soit satisfait et c'est là que la connaissance a lieu. La connaissance, c'est tout l’être qui récolte ce qu'il cherchait au moyen du corps, des instincts, des appétits, des émotions. Et de cette gerbe d'expériences, il cueille le fruit de la connaissance, il tire une leçon, comme par exemple, «le sexe ne fait pas le bonheur», pas plus d'ailleurs que le succès, le pouvoir ou la nourriture. Il y a toujours un plus, un lendemain, un «rallumage» qui repousse plus loin la satisfaction comme un point de fuite à l'horizon.

Maintenant tu pourras mieux comprendre le sens des désirs qui t’habitent. Tu dois tâcher de satisfaire tes désirs, de relâcher tes tensions sexuelles qui appellent une détente (et qui souvent ne sont que cela). Tu dois te sentir bien avec toi-même. Il te faudra donc très simplement masser ton corps pour atteindre la détente tout comme tu t'es déjà fait plaisir en apaisant une démangeaison. Il faut commencer par t’enlever la culpabilité dont tu as rempli tes actes sexuels. Il n'y a là ni bien ni mal, mais des énergies physiques qui se manifestent et qui font pression. Il te faut regarder cela comme on regarde le simple fait de manger ou d'aller aux toilettes, moments où l'on «satisfait des besoins naturels». La religion chrétienne a mêlé la morale à tout, surtout au sexe, qui était pour elle un moyen exemplaire de pratiquer son contrôle des consciences par des piqûres de culpabilité.

 

Comme il est rafraîchissant de considérer des traditions comme le Shintoïsme, le Bouddhisme, le Taoïsme, Indouisme ou encore celle des Amérindiens qui n'ont jamais vu l'homme comme un pécheur ni la femme comme une source de tentation, qui n'ont jamais reconnu le péché originel et pour qui la nature et le naturel sont irréductiblement bons! Ces traditions, mieux que la tradition judéo-chrétienne, prennent au mot la parole du Créateur devant son œuvre: «Tout est bon ».

Il s'agit pour chacun de nous qui avons hérité de la culpabilité, de la désamorcer afin de réapprendre à voir la vie, notre corps et le monde dans l'innocence et la spontanéité. Tout ce que tu feras de ton corps doit se faire sans culpabilité, c'est la première chose à assurer. Une simple pensée, un simple regard, appelés traditionnellement «mauvaise action» peuvent suffire à installer en toi la culpabilité. Et ce mat, on ne le dira jamais assez, c'est l'obstacle premier à toute action divine en nous. C'est elle qui ferme tout qui bloque toute capacité d'aimer. Et comme tout ce qui est négatif, elle est un produit de la peur.

Il faut bien se convaincre qu'on ne fait du mal que parce qu'il y a peur, que la peur est le doigt dans l'engrenage du mal. Avoir peur de «faire un péché», c'est déjà le mal qui s'infiltre. Tout ce qui suit est alors chargé de cette culpabilité. N’écoute donc pas la culpabilité ou les jugements par lesquels tu te condamnes toi-même. Écoute plutôt ton cœur, ton intuition, ton sentiment. Ne fais pas d'analyse. Vois la bonté en toi, la joie, les réussites, les qualités. Et suis ton intuition. Ressens ton corps et réponds à ses appels.

Pour ce qui regarde ta deuxième question, je dirai que le fait que tu n'as personne dans ta vie qui te donne tendresse ou caresse est peut-être dû à toi. Tu es peut-être portée à avoir peur de ton corps, à refuser de te donner ces massages dont j'ai parlé au début des questions, tu n'habites pas ton corps parce que tu ne l'aimes pas. Et à cause de cela, tu t'arranges pour que ceux qui auraient le goût de te caresser, se sentent repoussés. Ensuite, tu te plains naturellement de ce qu'on ne te caresse pas !

 

Remarque encore une fois le principe du Miroir qui joue ici : ce que tu fais à toi, tu le fais aux autres, ce que tu vois ou refuses en toi, tu le vois ou refuses chez l’autre. Ou encore, ce que tu refuses en toi tu t’arranges pour que l'autre te le refuse. N'attends pas les caresses et les tendresses, commence par te donner toi-même de la tendresse, et spontanément, tu seras amenée à faire la même chose aux autres. Tu recevras ce que tu as donné. L’échange sera engagé. Et ton cœur te dira le reste.

J'aimerais recevoir plus d'attention de l'autre. J'ai besoin qu'on me dise qu'on m’aime. J'aimerais avoir la joie de vivre sans cet amour impossible,

 

L’amour-passion. Ce que tu attends de l'autre va te rendre possessive. Pourquoi ? Parce que tu ne vois ses gestes qu'en fonction de ce que tu peux en retirer. Tu le vois comme un investissement, comme ton objet, en fonction de toi. Certes, tout le monde veut être aimé, mais tous ne veulent pas prendre les moyens pour y arriver. Ils ne veulent pas commencer par s'aimer eux-­mêmes et deuxièmement ils ne veulent pas donner à l'autre sans être assurés d'en recevoir l'équivalent. En d'autres mots, ils vivent un marchandage. Ceci  n'est pas un amour qui libère, c'est de l'amour-passion. En somme, tu t’arranges pour rester dans cet amour et en même temps tu voudrais en sortir. Mais il faudra plus que ce simple «voudrais». Il te faudra un «je veux» sincère et responsable, en commençant par l'amour de toi-même. Plusieurs ont peur de s'aimer parce qu'ils ont appris de la religion chrétienne que c'était mal et qu'il fallait n'aimer que les autres.

Combien de gens que nous avons connus se sacrifiaient pour les autres, trouvant leur sacrifice pénible mais croyant que le vrai amour l'exigeait ainsi. Or, ce qu'on fait avec peine, on le fait à reculons, malgré soi, sans goût, sans amour, on «se marche sur le cœur» comme on dit souvent ! Le critère du vrai amour des autres, c'est l'amour que l'on se donne à soi-même, le plaisir qu'on a à s'aimer. Il n'y en a pas d'autre. Et l'amour rend joyeux, libre et spontané. On ne peut s'aimer à reculons.

Quand tu dis que tu aimerais «recevoir plus d'attention de l'autre», c'est que tu ne t’aimes pas suffisamment, tu quêtes chez l'autre ce que tu ne te donnes pas à toi-même. Tu vis encore comme l'enfant mal-aimé ou l'adolescente en quête de parents. La tendresse dont tes parents t’ont comblée au début reste inscrite comme une matrice profonde que tu auras tendance, comme dans une matrice d’imprimerie, à reproduire indéfiniment. C'est‑à‑dire que tu vas chercher partout ce que tu avais connu avec tes parents. Tu auras tendance à répéter le passé, tu y resteras prise.

Tu vas attendre de l'autre (ton partenaire) ce dont tes parents t’ont entourée. Or, si les parents t’ont comblée de tendresse et de sécurité, c'est pour que tu en apprennes le processus et te l'appliques à toi-même (un peu comme enseigner à pêcher à quelqu'un pour ne plus avoir à lui fournir du poisson). En te comblant, tes parents ont déclenché en toi la capacité de t'aimer, ce qui te pousserait naturellement à aller vers les autres. Ils t'ont fait sentir ton amabilité pour que tu ailles ensuite reconnaître celle d'autrui. Mais aussi longtemps que tu attends qu'on t'aime, tu redeviens ce bébé, cette adolescente. Tu recules ou restes sur place. Il te faut prendre en main ta vie en apprenant à t’aimer et à aimer les autres. Il faut que tu deviennes pour toi ces parents qui font comblée d'amour.

Tu dis «j'ai besoin qu'on me dise qu'on m'aime». Je comprends cela. Mais il faudra que tu apprennes que c'est encore une attitude infantile et adolescente. On vit dans la fantaisie, imagination, dans la dramatisation de l'amour. On pense qu'on nous aime davantage (ou surtout ou seulement) quand on nous le dit. Mais l'amour est dans les attitudes et les gestes, il est quelque chose au cœur qui descend plus loin que la parole et qui, à bien des points de vue, ne s'exprime pas par des mots. Les mots souvent le vulgarisent, le volatilisent.

La parole en amour fait partie du «second étage» que l'on fabrique autour de son idole.

C'est l'amour romantique qui habille la personne aimée, qui affabule l'aventure, qui l'exagère, l'embellit et la gonfle d’expectatives. À ce moment‑là, on ne tient vraiment pas compte de l'autre, on projette sur lui ce qu'on en attend. On fait cela surtout remarque bien, durant son absence, où la dramatisation émotive peut même aller jusqu'à nous donner une douleur au cœur ou au ventre. Mais dès qu'on revoit l'objet du rêve, cette douleur s'apaise un peu. Que se passe‑t‑il? Le fait de le voir en chair et en os nous fait redescendre de notre montgolfière vers ce qui existe vraiment et nous repose au rez-de-chaussée. Le fait de rencontrer l'autre nous ramène à nous-même, comme celui de ne pas le voir nous fait remonter vers notre monde fictif créé de toutes pièces par nos désirs, nos attentes et exigences, notre refus de voir que l'autre sera toujours totalement autre que nous.

Tu es en train de créer un monde de chimères, de fantaisies, d'irréel. Tu te prépares une chute monumentale dans la réalité que tu vas bientôt redécouvrir comme un choc. Ta déception sera égale à ton invention. Tu projetais sur l'autre ce qui était en toi, les manques, les attentes, les rêves inassouvis, tu ne voyais pas l'autre tel qu'il était. Et pourquoi ? Parce que tu ne te voyais pas toi-même telle que tu étais. Rappelle-toi encore le principe du miroir. Ce que tu ne veux pas voir en toi, tu ne le vois pas chez l'autre. Et ce que tu ne veux pas voir en toi, ce sont tous les côtés négatifs, limités, désagréables que tu refoules pour ne voir que l'agréable, le plaisant. Tu refuses de voir la vie telle qu'elle est, ce tissu indéchirable d'agréable et de désagréable. Tu crois que l'objet de ton amour est une chose idéale et sans faiblesse, que tu fabriques de toutes pièces, que tu confectionnes de tes mains, que tu penses posséder et dont tu penses être possédée.

Vous ne vous reconnaissez pas tous deux comme des êtres individuels, autonomes et différents. C'est en effet l'amour‑passion, qui est plein de peur et de menace. On craint de perdre ce qu'on croit aimer et par peur de perdre l'autre, on l'étouffe. Mais le fait de craindre n'est déjà pas de l'amour et comme en chacun, il y a beaucoup de peur vis-à-vis de tout ce qu'on ne veut pas regarder en face, on se sert de l'autre pour se rassurer, pour se masquer la réalité. On vit un mensonge à deux. La possessivité est une attitude de peur. C'est parce qu’on ne se sent pas fort qu’on veut posséder.