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Questions 47 |
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Questions 48 |


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Placide Gaboury répond à vos questions |
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Est-ce que les trois formes d’amour peuvent se réaliser avec la même personne? Se peut il que l'on réalise les deux premières formes avec un partenaire, et la troisième avec un autre ?
Je dois tout d'abord situer pour le lecteur les trois formes d'amour dont j'ai parlé en conférence. Ces façons d'aimer représentent pour moi les diverses étapes que nous les humains traversons dans nos cheminements amoureux. Ces étapes peuvent être simultanées, mais il y a moyen de les distinguer pour mieux les comprendre. Ce sont la sexualité, l'émotion et la tendresse, autrement dit, l'amour physique, l'amour romantique et l'amour-tendresse. Ces chemins s'ouvrent finalement sur une autre façon d'aimer qui semble l'aboutissement de l'amour humain : la compassion, l'amour inconditionnel.
J'ai souvent comparé les trois niveaux d’amour à un vaisseau spatial en trois sections, dont la première en s'éjectant fournit un puissant élan aux deux autres. À son tour, la seconde section s'éjecte, lançant la dernière sur son orbite spatiale. Ainsi, les deux premières portions, ce qu'on appelle en langage technique les fusées d'appoint, existent en fonction de la troisième, qui est la seule à entrer vraiment en orbite.
Cependant, il faut préciser, c'est la limite d'une comparaison, que dans l'amour, le physique (premier tronçon) et la passion ou l'amour romantique (deuxième tronçon) ne sont pas en réalité séparés de l’amour-tendresse, même s'ils préparent et enrichissent celui-ci. Car dans la réalité quotidienne, les trois coexistent et se complètent. Ils sont même nécessaires l'un à l'autre. Vois- tu, je ne pense pas que l'on puisse atteindre la tendresse et encore moins l'amour qui est au-delà, l'amour inconditionnel, sans passer par le sexuel et le sentimental. On ne saute pas d'étape.
Et chaque étape pousse dans la même direction. C'est pour illustrer ce point que j'utilisais la parabole du poisson. Dès que le poisson voit un ver remuer ou gigoter, il a le goût de l'attraper pour s'en nourrir. Mais sans le savoir, en prenant le ver, c'est lui-même, le poisson, qui est pris. Et celui qui prend c'est le pécheur. Ainsi, l'amour sous toutes ses formes, est toujours une attraction du pêcheur universel (et je ne veux pas dire Jésus!), du dieu infini, de L’Éternel en chacun de nous. Même l'amour physique. Pour moi, il n'y a pas de coupure dans l’être et chaque élément est fait pour nous mener vers l’épanouissement total. Maintenant je peux répondre à ta question! Oui, les trois formes d'amour pourraient se réaliser avec la même personne. Cela supposerait, bien sûr, que les deux partenaires aient vécu ensemble plusieurs expériences dans leurs vies antérieures, pour franchir tous les obstacles qui les empêcheraient d’atteindre l’harmonie en eux-mêmes et entre eux.
Mais habituellement, cela se déroule un peu comme tu le décris : on réalise l’une ou l'autre étapes avec l’une ou l’autre personne, puis on finit par pouvoir entrer dans une relation où la passion va céder le pas à la tendresse. C'est justement parce que toutes ces étapes‑là ne peuvent pas toujours être réussies avec la même personne, qu'on ne peut d'avance exiger qu'une relation amoureuse ou une aventure de couple durent toute la vie. On n'est pas sur cette terre pour réussir tout d' abord un couple, mais pour progresser, apprendre et croître. Pour apprendre à aimer, pour explorer, s'ouvrir, s'universaliser. C'est pourquoi plusieurs partenaires ne peuvent engager toute leur vie dans un seul contrat de mariage ou une seule promesse de fidélité.
Ils vont apprendre une leçon avec une personne, puis continuer avec une autre, pour reprendre plus loin les apprentissages demeurés incomplets. Je crois même que la notion du mariage comme aboutissement fatal de toute relation entre homme et femme, ne constitue pas une norme universelle. (C'est un peu comme le complexe d'Oedipe que l'on a longtemps cru universel chez les humains, et qu'on sait aujourd'hui n'être qu'un trait occidental, puisqu'il n'existe pas chez les habitants des îles du Pacifique, si l'on croit les recherches d'anthropologues éminents tels que Margaret Mead.) Il ne faudrait pas trop se hâter de conclure que tel comportement est tributaire de la nature humaine plutôt que d'une longue coutume. La nature humaine est quelque chose de beaucoup plus souple et d’ouvert qu'on ne croyait ou qu'on ne croit encore aujourd’hui. |
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Est-ce que le sexe et le spirituel vont ensemble?
Si le Divin nous a créés avec les deux, pourquoi n'iraient‑ils pas ensemble? Il n'y a pas de contradictions dans l'oeuvre divine. Mais pour mieux comprendre, prenons le sexe de plus loin. Le plaisir sexuel est, comme je le suggérais par l'image du vaisseau spatial, un appel à autre chose, une rampe de lancement. Pourquoi? Parce qu'il ne satisfait pas toute la personne et qu'il ne satisfait que momentanément. On ne peut faire l'acte sexuel pendant des heures et des heures sans atteindre une satiété (qui vient du latin satis : assez!). Tout comme on ne peut manger indéfiniment sans être écoeuré ou malade. Le corps est un instrument limité, aux lois très strictes. On ne peut enfreindre ses exigences sans en payer le prix sous forme de maladie. (Cependant, ce n'est pas parce que le plaisir a ses limites qu'il est mauvais. Attention!)
Donc, le corps en plus d'avoir des limites, s'ouvre sur autre chose. En effet après de longs et intenses ébats sexuels, que fait-on? On sort les vidanges, on entreprend une conversation, on écoute de la musique. D'autres fonctions prennent la relève. Il y a autre chose que le corps. il y a aussi les émotions, la pensée, le cœur. Et c'est tout cela que le corps appelle. Prenons le film «Dernier tango à Paris». Voilà un exemple de sexe brut, excluant toute émotion, même toute conversation. Et ça finit mal (un film, bien sûr, mais qui suit la logique de la vie). Le corps n'est pas tout pour nous. Et à mesure qu'on y réfléchit, on s'aperçoit qu'il n'est pas nous, mais notre instrument.
Il y a de plus le corps émotif et le corps mental, dont justement le physique est l'instrument. Puis il y a le cœur, dont tout cela est l'instrument, le cœur qui est le centre de paix et de confiance en nous. Arnaud Desjardins disait que «l'argent ne fait pas le bonheur, mais que seuls les riches le savent». On pourrait dire également que si le sexe ne fait pas le bonheur, seuls le savent ceux qui ont une vie sexuelle. Car il faut, comme pour les autres désirs, l'argent, le pouvoir, le succès, aller jusqu'au bout afin d’apprendre qu'ils ne rassasient pas, qu'ils ne donnent pas ce que l'on cherchait.
On voit déjà dans quelle direction nous mène l’amour, vers un échange, vers une union profonde et complète, que le corps seul ne peut donner. C'est pourquoi il déçoit. Il est comme un briquet qui tente à chaque fois d’allumer la cigarette et qui doit se reprendre sans arrêt, parce que le fumeur ne tire pas l'air comme il le devrait ! Ainsi, la personne qui ne se sert pas du feu sexuel pour allumer l'émotion et la tendresse, fait perdre le sens de l'allumage. Dans l'acte sexuel, les corps ne sont pas vraiment unis. Ils se touchent bien sûr, ils se pressent, ils ont l'illusion d'être fusionnés surtout au moment de la pénétration. Mais ce sont nos corps qui pourtant nous séparent, comme c'est par l'esprit que nous sommes unis. (Le malheur, c'est qu'on ne regarde que cette apparence corporelle pour vivre ensuite comme si tous les humains étaient en fait séparés.)
Les deux peaux qui se pressent dans l’acte sexuel restent toujours l'une en dehors de l'autre, comme deux murs contigus. Mais elles appellent, elles demandent et, en quelque sorte, elles exigent une union. Une union physique a lieu, bien sûr, par la rencontre de l'œuf et du sperme, mais cela n'appelle pas une union des cœurs ou des esprits qui est le vrai terrain de l'amour humain. En somme, on peut créer de la vie sans s'aimer en profondeur ou de tout son être: il suffit d'un massage mutuel efficace.
On pourrait même se passer de cette friction à deux, puisque les bébés-éprouvettes indiquent clairement qu'une vie nouvelle peut surgir sans la rencontre des corps. C'est dire que non seulement on peut créer la vie sans amour profond, mais qu'on peut même le faire sans amour physique! Mais pour que l'enfant de laboratoire connaisse l'amour, il faudra que l'émotion, la tendresse et le cœur retrouvent leur vraie place. En effet, on ne crée pas de la vie vraiment humaine sans ces trois derniers. On peut certes créer de la vie animale, et c'est ce que font l'insémination artificielle aussi bien que la séance de sexe. Pour aller plus loin, il faut justement l'amour émotif. C'est là que la véritable union se crée entre deux êtres, même lorsqu'ils sont à distance. Car le corps émotif est un corps d'énergie qui se répand loin dans l'espace, il est extensible, alors que le corps physique est limité à un lieu restreint et ne dure que sept ans. En effet tous les sept ans, le corps se changera du tout au tout, de la première à la dernière cellule. Le corps physique est donc local et instable (comme un essaim d'abeilles disent les savants), et c'est pourquoi on ne peut miser sur lui. Du reste, le décès est l'indice concluant que le corps physique ne peut durer, alors que les autres corps subtils lui survivent, puisqu'ils l'ont précédé et formé. De son côté, le corps émotif est plus étendu et plus durable. Aussi, une émotion peut-elle durer plus que sept ans, qui est la durée du corps de chair. Et comme je le disais, les amoureux peuvent être séparés par des milliers de kilomètres et cependant, l'émotion les gardera unis. De plus, il y a le corps mental, qui peut même s'étendre encore davantage que l'émotion, comme dans l'idée de la paix mondiale qui rassemble des gens de partout sur la terre. Une idée peut galvaniser toute une vie et même au-delà, comme dans le cas d’Einstein, qui toute sa vie a poursuivi la formule clé de l'univers et qui continue sûrement d’y travailler dans l'au-delà.
L'union est donc semée par les pulsions sexuelles, pour éclore à travers l'émotion et la pensée, et s'épanouir enfin par la tendresse du cœur. En effet ce qui unit les êtres en profondeur, ce n'est pas encore l'amour émotif, qui est un terrain de drames, de passions et de déchirements. (Le mot passion vient du verbe pati en latin, qui veut dire souffrir.) En effet, l'amour‑passion est souvent un temps de souffrances autant que d'enthousiasme. C'est qu'il pointe lui aussi vers autre chose. Nous ne sommes pas comblés par cet amour. Une partie en nous, bien sûr, y trouve son compte, le côté |