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Placide Gaboury répond à vos questions |
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Est-ce qu'on doit chercher la souffrance pour grandir ? (Réponse partielle)
Une certaine tradition catholique morbide considérait la souffrance comme un but. Mais, à mon sens, elle n'a pas compris que la souffrance est déjà le résultat d'un désordre créé par nous : elle ne fait que répondre à une attitude, à un geste désordonné. Ce n'est donc pas une bonne chose en soi.
Le Bouddha a axé tout son message sur la souffrance à éviter, en commençant par ce qui la cause jusqu'aux possibilités de l'enrayer. J'ai peine à imaginer qu'on puisse concevoir que la souffrance soit quelque chose à rechercher ou à cultiver! Il n'est pas naturel d'aimer souffrir. Il me semble pourtant vrai que plus on aime, plus on peut endurer de souffrance. Mais, en revanche, il ne serait pas juste de dire (comme l'ont exprimé des zélots chrétiens) qu'à cause de cela, souffrons davantage afin d'aimer plus! On peut croire qu'on a plus de mérite quand il y a plus de souffrance, mais c'est une erreur: ce n'est pas le degré de souffrance qui crée le mérite, c'est la qualité de l'amour, de l'intention au moment de l'acte.
Il s'agit plutôt, je crois, de remarquer comment réagit notre corps à nos attitudes et émotions négatives ou positives. Nous verrons alors qu'une haine de soi produit toujours de la souffrance sous forme de maladie. Nous n'avons qu'à observer aussi comment un mauvais usage de la nature se retourne contre nous (par exemple dans les pluies acides).
Et enfin, comment le rejet de l'autre, le refus d'accepter les autres races et croyances produisent des états de conflits, de guerres et des désordres interminables entre les pays. Tous les maux, toutes les souffrances viennent de notre ego, de notre mépris mutuel, de notre refus d'écouter les lois de la vie. Ils viennent de notre croyance entêtée et profonde que nous sommes tous séparés.
Cependant, la souffrance qui demeure toujours un effet de nos désordres est par le fait même un rappel à l'ordre, et en cela, elle peut être une bonne chose. Elle peut alors être utilisée comme leçon sur soi, sur les autres, comme renseignement sur la vie. Une fois reçue et acceptée, la situation pénible peut nous transformer. Mais ce n'est pas tant cette souffrance qui nous transforme alors, que l'acceptation amenée par la souffrance et qui justement aurait pu empêcher cette souffrance.
C'est quoi pour vous la sagesse?
C'est pour moi la capacité de tout intégrer, de recevoir d'un cœur égal ce qui plaît et ce qui déplaît, c'est ne plus porter de jugement sur les choses, mais d'accueillir tout avec égalité d'âme. C'est retrouver la spontanéité pure, la souplesse et la patience, la tendresse inconditionnelle. |
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Pourquoi y a-t-il beaucoup plus de femmes que d'hommes aux conférences ou aux cours d'orientation “spirituelle” ? (Réponse partielle)
Peut-être que la femme est plus en contact avec sa source, avec son intuition, son Coeur, ses émotions, et moins dans sa tête que l'homme. Celui-ci vit souvent séparé de ses émotions, de sa sexualité, de sorte que tête et tripes sont complètement à hue et à dia. L’homme craint ce qui va l'obliger à se mettre à nu, à ce qui touche son intérieur. Mais il y a de plus en plus d'hommes qui participent à ces rencontres.
L’homme, surtout au Québec, est devenu capable d'accepter sa féminité, son intuition, sa tendresse. Cela veut dire que la société commence à changer. Selon moi, ce n'est pas le féminisme qu'il s'agit de valoriser, mais le féminin. Le féminisme est une récupération du pouvoir macho: on veut rivaliser avec le mâle. Et cela ne fait qu'exacerber la friction entre les deux sexes. Je pense que le pouvoir de la femme est dans son contact avec sa Source, son intuition, sa connaissance de la vie par les entrailles (surtout à travers l'enfantement), sa compassion, son aptitude à comprendre par la souffrance, c'est la créativité, la spontanéité, la réceptivité à la vie. Or, c'est justement ce qui manque à l'homme mâle. Il y aura toujours assez de principe masculin dans la société, la capacité de diriger, entreprendre, analyser, raisonner, construite et produire. Ce qu'il faut depuis le 16e siècle, c'est le complément de toute cette activité et c'est le féminin qui devrait pouvoir le redonner aux humains.
Le conflit qui oppose les deux sexes est pour moi un faux problème dans la mesure où l'homme et la femme n'ont pas reconnu ou intégré leurs principes complémentaires à l'intérieur d'eux-mêmes, et demeurent incapables de voir leur partenaire comme autre chose qu'un rival ou un adversaire: quelqu'un au-dessus ou en-dessous. Le jour où la femme acceptera pleinement son masculin (et tout d'abord son féminin bien sûr), elle n'aura plus à craindre le mâle : elle le rencontrera comme complément d'égal à égal. Et c'est la même chose de la part du mâle.
Je trouve difficile de vivre avec une personne qui ne s'intéresse pas aux choses spirituelles. Que dois-je faire?
Continuer ton chemin sans forcer ton partenaire, sans jamais l'obliger à penser comme toi. Tu n'aurais certainement pas aimé qu'on te force à entrer dans le spirituel. Alors, pratique la même ouverture vis-à-vis de l'autre. Si rien ne se fait d'ici quelque temps, et si la situation devient pour toi intenable (persécution, etc.), il faudra songer à partir.
Vous parlez de la religion chrétienne. La religion catholique, elle, c'est quoi ?
La religion chrétienne comprend, en plus des catholiques, les protestants et les orthodoxes (rites byzantins). |
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Qui est ce sculpteur qui semble nous façonner de l'extérieur? N'est-ce pas moi-même qui suis mon propre sculpteur? (Réponse partielle)
La question rappelle la parabole que j'utilise souvent : “La vie peut m'apparaître comme la rencontre entre un sculpteur qui s'approche de moi (je suis le bloc de marbre) pour travailler sur moi avec ses couteaux et ses marteaux. Ce que je ressens, c'est une forte répugnance et une grande souffrance à me voir enlever pièce par pièce tous les morceaux les plus chers de ma vie, toutes les choses acquises, construites et obtenues avec effort. La vie m'apparaît alors comme une suite interminable de perles et de destructions, de déceptions et de déchirures. Mais je peux voir la vie autrement: le sculpteur n'est pas en train de me détruire, il est en train de révéler la statue qui dormait en moi. Et pour faire cela, il doit enlever toutes les choses inutiles que j'ai accumulées.”
En effet, le sculpteur n'est nul autre que soi-même, tout comme le bloc de marbre. C'est le Moi Supérieur qui a choisi les épreuves nécessaires à mon épuration. Une fois que je comprends cela, je suis totalement responsable de mon destin.
Le voyage intérieur et la vie spirituelle peuvent-ils, selon vous, exister sans un dieu quel qu'il soit ?
Le Bouddha, qui ne reconnaissait pas un dieu extérieur à soi, disait que s'il n'existait pas un Non-Né et un Non-Mortel, on ne pourrait arriver à la libération. Ce qui fait qu'on se libère, c'est cette Présence attentive que l'on n'est pas tenu de définir, pourvu que l'on se tienne dans une attitude de réceptivité et de disponibilité à ce qui nous dépasse.
Selon ma façon de penser, on ne peut rien comprendre sans que l'Esprit divin nous guide et nous éclaire, ce qu'il fait de l'intérieur de nous. Les efforts de notre part ne suffisent pas en eux-mêmes. Ce n'est pas moi qui initie le voyage, il précède mon ego et lui survit.
Je pense aussi que pour avancer, il ne faut pas fixer sa conception du Divin dans une forme ou un nom rigides. La souplesse, l'ouverture, le sens du mystère sont des signes que l'on se libère de l'ego durci et “poigné”. |
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Questions 28 |
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L'expérience sexuelle est-elle une étape nécessaire pour arriver à l'amour-tendresse sans possessivité ? (Réponse partielle)
La sexualité est un des appels à l'union que nous expérimentons tous, puisqu'il y a en nous des résidus instinctifs qui remontent au temps où, avant de devenir humains, nous étions des animaux. Nous confessons un manque continuel, nous aspirons à être entiers par cet appel incessant vers l'extérieur, par cette tendance à devenir un ou à créer des liens avec tout, ce qui pourrait être une façon de définir l'amour. Nous avons constamment besoin d'être en échange avec notre milieu, avec la terre, l'eau, l'air, le soleil. Nos poumons ont besoin d'air pour respirer, notre estomac demande de la nourriture, notre sang de l'oxygène. notre cerveau doit être activé par les idées venues de l'extérieur, et notre peau surtout a besoin d'être touchée, caressée, embrassée. Sans tout cela, nous sommes comme des appareils débranchés.
On a même découvert que des enfants qui n'étaient pas touchés étaient mentalement retardés. Il faudrait toucher les enfants, les masser, frictionner leur corps entier, y incluant tout naturellement les organes sexuels. Car on a également découvert que lorsque ceux-ci ne sont pas touchés, à leur tour les organes internes sont retardés dans leur évolution et leur bon fonctionnement, que la santé exige la caresse des organes sexuels comme de tout le reste du corps. Bien sûr que si l'on masse tout le corps et qu'on néglige ostensiblement les organes sexuels, l'enfant va y percevoir un jugement sur son sexe qu'il va mettre à part, ostraciser, condamner secrètement.
Et, bien sûr aussi, que si le parent est incapable de toucher tout le corps de son enfant, il sera préférable de ne lui faire aucun massage. Il faudra que le parent apprenne à toucher et à masser partout son propre corps sans honte ni culpabilité, avant qu'il puisse utilement masser son enfant. Plusieurs parents, en entendant cela, craignent de développer des rapports incestueux avec l'enfant. Mais je suis convaincu que ces rapports ne se développeront que si justement le parent n'est pas à l'aise avec son propre sexe et donc pas davantage avec celui de l'enfant, ce qui le fera éviter de toucher l'un et l'autre, faussant ainsi la place du sexe dans la vie de l'enfant comme dans la sienne. Le principe de fond est toujours le même : ce que l'on fait à l'autre, c'est ce que l'on fait à soi, ce que l'on fait à soi, c'est ce que l'on fait à l'autre. Principe qui peut aussi s'exprimer de la façon suivante : ce qui est en moi, je le projette sur l'autre. C'est le principe du miroir.
On atteint habituellement l'amour non possessif en ayant connu l'amour possessif, tout comme traverser l'égoïsme permet de le dépasser. Ce qui nous apparaît comme un désastre sert de chemin pour atteindre ce qui est meilleur. La leçon qui se cache derrière les laideurs et les échecs peut nous transformer. Rien n'est perdu. Rien n'arrive par hasard. Cependant certaines vieilles âmes pourront avoir connu antérieurement les étapes préliminaires de l'amour et à cause de cela, elles ne sentiront pas le besoin de les revivre. Elles pourront plus rapidement déboucher sur la tendresse et même sur l'amour universel. Tel est le cas de nombreuses personnes qui se dévouent auprès des malades, des mourants et des démunis. Ces personnes étant plus sensibles, ressentent davantage la peine des autres. Et ce sont leurs propres peines passées qui les ont ainsi sensibilisées. L’amour supérieur, c'est en fait une sensibilité plus grande, une tendresse plus universelle, une intelligence plus compréhensive. |
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Questions 29 |