Page 1/1

Placide Gaboury

MÛRIR

La connaissance de l'autre,

c'est toujours le miroir de la connaissance que l'on a de soi-même.

 

Lors des mariages d'autrefois, le curé comparait souvent l'union des époux à celle des flammes de deux chandeliers. L'union était une fusion de l'un dans l'autre. Dommage!, car c'est en fait le contraire qui est la réalité. L'union entre deux personnes ne se fait que si elles sont...deux, car cette union est vraiment une réunion, un rassemblement de ce qui a été séparé et dispersé. Tous sortent de l'un pour faire l'expérience de la dualité et de la séparation, par quoi ils vont pouvoir ensuite rentrer dans l'unité originelle. C'est une flamme qui devient deux flammes. L'autonomie de chacun devient le signe que l'union sera vraiment adulte. Les amoureux sous le coup de foudre sont fusionnés comme le bébé avec sa mère. Ils ne sont pas encore deux. L'union n'en est pas une d'amour mais de dépendance: l'un dépend, l'autre domine, ou souvent, même, les deux dépendent l'un de l'autre. Il y a encore un cordon entre eux. On ne se connaît pas soi-même, on n'a pas identifié ses blocages, ses attentes et ses besoins, et c'est pourquoi on ne reconnaît pas non plus la véritable personne devant soi.

 

"On beurre des deux côtés" ce qu'on croit aimer. On ne voit que les beaux aspects, on idéalise, on projette chez l'autre ce qu'on en attend, on y voit l'idéal d'une personne qui répondrait à nos besoins, qui créerait un monde de bonheur, comme l'ont fait les parents autrefois. On attend de l'autre le bonheur. Pour s'unir à l'autre, il faut être soi, il faut être autonome, et, pour qu'il y ait union, il faut que les deux soient eux-mêmes. Cela se fait tout d'abord en reconnaissant ses propres valeurs et limites, puis en identifiant les blocages qui empêchent d'aller au bout de soi-même, pour enfin s'en libérer et ainsi conquérir son autonomie. L'autonomie veut dire que l'on ne cherche plus un parent qui donne le bonheur, qu'on a compris que personne ni rien de l'extérieur ne peut nous le donner, et qu'on a par conséquent cessé de fuir sa vie.

 

Ainsi arrive-t-on à être indépendant de son passé, de ses aînés, des supérieurs et parents, des opinions en vogue, des croyances religieuses ou des idéologies. C'est alors qu'on peut aborder une autre personne de plain-pied, sans soumission ni domination, sans peur et sans machisme. On pourra enfin aimer. C'est pour y arriver que l'on traverse toutes les phases de l'amour: l'attraction physique, puis l'amour-passion, qui fait tant souffrir à cause de la possessivité et de l'exclusivité qu'il implique, et enfin l'amour de tendresse, qui libère de la passion et de la peur, pour faire entrer dans la douceur, le jeu, l'humour, la spontanéité, la fidélité.

 

On peut s'apercevoir que l'amour est à l'étape infantile adolescente par le besoin d'une figure parentale placée très haut, le besoin d'être materné ou paterné, la peur de perdre l'objet de sa passion et d'en être indigne, la possessivité et l'attente que ces sentiments engendrent. Dans le coup de foudre, on perd son autonomie, alors que l'amour adulte, c'est l'amour du Cœur, et non pas seulement celui de la passion et de la sexualité, qui entraînent à leur suite les jeux de la séduction et du pouvoir, de la perte d'autonomie.

. RETOUR .
. RETOUR .