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Placide Gaboury |
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MÛRIR |
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En général, ce sont les choses crues, ce sont les croyances qui divisent les gens, alors que les choses vécues, les expériences les rassemblent davantage, les unissent même. Ainsi, les organisations de croyances et de pouvoir, autant dans les nationalismes que dans les religions proprement dites, diviseront toujours les groupes entre eux, bien qu'elles unissent entre eux les membres de chaque groupe. C'est là la source de grands conflits: chacun se croit l'envoyé, le choisi de Dieu, son porte-parole, son fils même. Les croyances sont des émotions enrobées d'idées et défendues par le mental. C'est ainsi que naissent les dogmes à partir de croyances non contrôlées scientifiquement, c'est-à-dire non vécues, expérimentées ou testées, mais acceptées sans plus, simplement parce que des personnages imposants ont affirmé que c'était la vérité, que ça venait de Dieu et donc que c'était sûr et salvateur.
Voir, c'est l'expérience de celui qui a défoncé son écran d'interprétations, ses préjugés, ce qui l'empêche de se voir et de voir ce qui est. Aussi longtemps qu'on ne fait que croire, on ne peut pas voir. Il y a déjà sur terre trop de divisions dûes aux croyances religieuses fondées sur la crédulité et répandues par des gens qui ne vivent pas ce qu'ils prêchent. Oui, j'ai bien connu cela et je ne répudie rien de ce que j'ai vécu. Cela m'a renseigné sur mes propres écrans et préjugés. Et maintenant je peux en parler sciemment. La crédulité et les croyances nous font demeurer infantiles, si elles ne sont pas rectifiées par la réalité. Il suffit que quelqu'un nous promette le paradis sur terre, utilise une langue convaincante, qu'il se dise d'origine divine, et nous voilà prêts à lui vendre notre âme. La naïveté, la nostalgie de l'astral, d'un paradis sur terre, nous font écouter ceux qui entretiennent des illusions chères ou qui enseignent des voies de facilité. Ceux qui se présentent comme les détenteurs de la sagesse et qui veulent des auditeurs, de nombreux auditeurs, attireront des disciples qui abdiquent leur responsabilité, laissant à une figure d'autorité, d'où qu'elle vienne, le soin de penser et de décider à leur place. C'est ainsi qu'une fois encore on refuse la croissance, l'autonomie, la maturité.
C'est seulement le témoignage de la vie qui est le vrai message et non une parole gratuite qui plane au-dessus du vécu, qui n'engage aucunement et qui n'est en fait qu'une démonstration du mental. Nous avons chacun la capacité de puiser à notre source intérieure des renseignements touchant notre situation concrète.
Il est dangereux de s'appuyer sur la voix intérieure de quelqu'un d'autre, tout comme il l'est d'accepter la sienne propre sans une évaluation attentive. Le monde a eu assez de sauveurs. Ce qu'il faut, ce sont des individus qui embrassent volontiers les fardeaux de l'individualité. Nous n'atteindrons notre plein épanouissement ou notre vraie liberté que lorsque, avec un esprit critique, nous pourrons nous gouverner à partir de notre propre source intérieure. Je suis troublé par le fait que tant de gens abandonnent si aisément leur propre centre et adoptent la réalité d'un autre qui manifeste des talents psi, surtout lorsqu'il y a manipulation des peurs personnelles et collectives.
La capacité d'être manipulé par la peur et le pouvoir viennent de ce qu'on n'a pas regardé assez loin en soi-même. Ce n'est pas simplement une question d'information valable ou non, car il peut y avoir de la vérité dans les messages. En somme, ce qu'on enseigne, c'est que les gens qui s'y soumettent ne veulent pas encore prendre leur propre vie en main, devenir autonomes, écouter leur propre gouverne intime. Ils veulent encore dépendre. Ils pensent être sauvés par quelqu'un d'autre, surtout s'il vient d'ailleurs. Tous ces messages puisés dans l'inconscient collectif et individuel ne viennent pas de personnes qui ont par leur vécu témoigné de l'authenticité de leur message. |