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Placide Gaboury

MÛRIR

Je connais la faillite, des poursuites judiciaires, le divorce. Ma maison passe au feu, mes bijoux sont volés, je perds mon emploi, peut-être même ma réputation, ma santé, ensuite l'usage du sexe. Puis finalement, on me prend mon corps même. On a gagné contre moi. Je suis perdu: la vie aura été une longue suite de pertes, de frustrations, de déceptions.

 

Et voilà le scénario de la plupart: "Nous sommes nés pour un petit pain", "Ce sont toujours les mêmes qui gagnent", "La vie est un combat", "On n'a rien pour rien". Et à la fin on passe à la caisse. On passe sa vie à se protéger contre les malheurs, les coups durs ou bas, les revers de fortune, les catastrophes, les misères, les malheurs épouvantables, et on a en ce domaine un vocabulaire plutôt étendu!.

 

C'est le scénario de celui qui est resté accroché au passé, qui ne veut pas croître, qui ne veut pas voir la vie comme un apprentissage continuel, mais qui rêve encore et toujours d'un château fort imprenable, d'une île hors d'atteinte, d'une solidité à toute épreuve. Il veut durer. Il essaie péniblement de perpétuer, de retrouver la vie connue lors du séjour dans l'astral, ce fameux monde intermédiaire.

 

Mais il y a un scénario inverse, celui de la personne qui a accepté de croître spirituellement. Le marbre est toujours là, et le sculpteur l'entame et le morcèle avec obstination, il l'abîme et le met en pièces systématiquement. Mais, cette fois, tout a changé: le sculpteur n'est plus perçu comme quelqu'un qui détruit notre vie ou nous enlève nos acquis. Il est vu plutôt comme celui qui nous allège des choses inutiles accumulées, qui nous libère des certitudes durcies, des assurances, pour révéler enfin la beauté cachée, l'Œuvre d'art, la sculpture parfaite, la présence pure et simple qui attend, emmurée derrière ces attaches, ces inerties, ces refus et ces mensonges.

 

La beauté cachée, c'est la belle au bois dormant. C'est la présence originelle, celle qui attend depuis toujours pour les enfants auxquels s'adressait ce conte, "cent  ans" c'était l'équivalent de toujours. La belle, c'est le divin caché en nous, représenté par le principe féminin, la réceptivité, la douceur, la compassion, la créativité. Cette présence est là depuis le début. Le sculpteur est enfin vu pour ce qu'il est, le chevalier attiré par la belle, les deux à la fois, la quête menant vers L'Etre originel en nous. C'est mon vrai je qui me sculpte, me fait croître, me libère. Il fait mon éducation, c'est-à-dire qu'il me sort de ce qui est passé, inerte, enfoui, pour me faire entrer dans le présent. Il m'apprend à aimer à travers toutes les épreuves, il ouvre mon ego, il me rend capable d'accepter de plus en plus de choses et d'êtres. Il me pousse vers ma vraie dimension.

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