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Placide Gaboury |
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MÛRIR |
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Il s'agit de devenir adulte, d'avoir l'audace d'aller jusqu'au bout de ses responsabilités et d'accepter les conséquences de ses actes. Cela veut aussi dire assumer tout ce qu'il y a en soi et dans la vie, son négatif autant que son positif. Cet état adulte doit être atteint avant qu'on puisse aller plus loin, transcender, renverser l'ego. Le bébé en nous, c'est celui qui veut retrouver la béatitude du sein et qui ne veut pas en sortir. S'il le faut, il fuira la vie, qu'il perçoit comme insupportablement cruelle, en créant un monde artificiel de justifications, romanesque ou de drogue. Le mental s'en chargera. La plupart des humains ne veulent pas devenir adultes. Ils refusent plus ou moins consciemment de croître, d'avancer, de se rendre au bout d'eux-mêmes. Ils veulent rester où ils sont bien. Et ils sont bien là où ils sont pris. Ils sont accrochés à leur passé, au feuilleté solidifié d'attaches et de refus émotifs. Ce qui leur a toujours été une assurance de bien-être, ils y sont accrochés, et pour rien au monde ils ne voudront le perdre, ce qui leur a toujours été une source de malheur, d'angoisse et de culpabilité, ils y sont également très attachés, ne voulant pour rien au monde y renoncer, refusant de le reconnaître pour le pardonner et le transformer.
C'est l'expression connue: "Je suis bien prêt à pardonner mais pas à oublier l'écoeuranterie qu'on m'a fait subir". Et il en sera toujours ainsi aussi longtemps qu'on sera accroché à son passé, à ce qui est mort, inerte, fini, et qui oppose à ce qui est et arrivera une fin de non-recevoir, un non-vouloir continuel, un refus d'avancer. On maintient la dualité en soi, on veut garder son cher ensemble de bonheurs opposé à son cher ensemble de blessures, on veut toujours être amoureux des premiers et toujours en guerre contre les secondes.
On ne veut pas comprendre que la vie ne se sépare pas en ce qui plaît et ce qui déplaît, et que la souffrance, c'est être en opposition, en guerre civile, en état de refus, que le malheur, c'est dire non à ce qui déplaît, offense et déçoit. Le malheur, c'est rester enfant dans un univers, dans une vie qui est pleinement adultes et qui exigent, pour qu'on y soit bien que l'on soit mûr et autonome. A force d'entretenir cette attitude vis-à-vis des plaisirs et déplaisirs, cela finit par constituer notre vison du monde et les feuilletés sont devenus solides comme à la fin de l'hiver les couches de neige piétinées.
C'est comme du bois pressé, comme du marbre. On s'est complètement identifié à ce feuilleté durci. On se l'est approprié. La vie pourrait alors apparaître comme un bloc de marbre qui est moi, et devant moi, il y a ce sculpteur, la vie. Le marbre, c'est tout ce que j'ai consolidé, toutes mes certitudes, mes illusions, mes acquis, mes garanties, mes assurances, mes habitudes et croyances invétérées, tout le passé que je ne veux pas lâcher et qui constitue mon petit moi. Donc, le sculpteur se présente devant moi avec couteaux, ciseaux et marteaux. Je le perçois comme quelqu'un qui vient m'enlever mes plaisirs et mes acquis, et, sans que je le lui demande, sans même me consulter, il commence à faire voler en éclats des portions de marbre chèrement consolidées et longuement conservées où j'ai inscrit mon chiffre et ma fierté. Il m'enlève les joies et bonheurs de l'enfance, il m'enlève mes rêves d'adolescent, il me prend mes grands-parents, parfois même un parent, puis il m'arrache des personnes que j'aimais, il me prive de biens et de sécurités.
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