Placide Gaboury

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POUR ARRÊTER DE SOUFFRIR

L’EMPATHIE: Lorsqu’on sait se mettre à la place de l’autre, et que l’on sent intuitivement ce que l’autre ressent, il y a de l’empathie (en grec, en: dans; pathein: ressentir). Cela se retrouve très souvent dans l’attitude d’une mère vis-à-vis de sa fille. Mais il n’y a pas nécessairement de réciprocité. “J’éprouve de l’empathie pour elle; je peux très bien me mettre à sa place.” Ce genre d’amour peut être simplement de l’identification, si celle qui éprouve de l’empathie n’atteint pas à l’autonomie vis-à-vis de l’autre.

 

LA SYMPATHIE: Par ailleurs, lorsque deux personnes sentent un penchant naturel l’une pour l’autre, il y a sympathie (sun: avec; pathein: ressentir). “Nous avons de la sympathie l’une pour l’autre, il y a entre nous des atomes crochus; nous nous comprenons facilement”. L’empathie va d’un côté: c’est une personne qui sent l’autre. Alors que la sympathie implique une certaine communion entre les deux. Mais cela encore n’enraie pas l’identification; il peut y manquer de l’autonomie chez les deux, autrement dit ce n’est pas encore vraiment de l’amour. On peut encore attendre quelque chose de l’autre.

 

LE SENTIR: De son côté, sentir, un verbe très vague (qui donne le substantif “sentiment”) peut s’appliquer à toute forme de réaction positive ou négative à l’égard de quelqu’un, de quelque chose ou de quelque sensation. “Je sens que vous ne m’aimez pas; je sens qu’il y a un chat ici; je sens votre peine.” C’est une affirmation générale, sans plus. Alors que ressentir suggère un peu plus de profondeur et de durée dans la sensation ou le sentiment. “Je le ressens jusque dans mes tripes.” “Cette rencontre a été pénible: j’en ressens encore un malaise.” Se rappeler que le verbe ressentir est proche de ressentiment, qui évoque un certain désir de vengeance.

 

LA COMPASSION: Enfin, il y a la compassion. Larousse dit que la compassion c’est “la pitié qui nous rend sensibles aux maux d’autrui”. Le docteur Richard Verreault, psychiatre très respecté de Montréal, a une autre interprétation qui me paraît plus juste et à laquelle je me rallie. Il entend la compassion non comme une forme de pitié, mais plutôt comme son contraire; selon lui, “la pitié a lieu lorsque la peur rencontre la souffrance ou la douleur de l’autre”, comme dans l’exemple suivant: “C’est terrible, la pauvre, ce qu’elle est en train de vivre, je ne voudrais pas me trouver dans ses souliers; j’espère seulement que ça ne m’arrivera pas.” Mais lorsque c’est l’amour qui rencontre la souffrance, dit M. Verreault, il y a compassion. Il ne peut donc y avoir de pitié dans la compassion, car la pitié est condescendante, elle suppose une attitude supérieure, alors que la compassion suggère que l’on se place au niveau de l’autre, que l’on n’existe plus comme quelqu’un de séparé, comme un spectateur: on fait un avec la personne qui souffre. En effet, le mot compassion contient le mot passion qui vient du verbe latin pati: pâtir. (Toute passion, qui est une vive expression de l’émotivité, fait ou fera souffrir. A noter, en passant, qu’on parle toujours d’un crime passionnel, jamais d’un crime amoureux, car l’amour vrai ne fait pas souffrir). Le mot pati est la traduction latine du mot grec pathein qui veut dire souffrir. La compassion (du verbe “compatir”) serait donc un amour complet, c’est-à-dire inconditionnel pour l’être humain (tout humain est souffrant, tout comme soi-même du reste). La compassion, c’est ce qui reste à mesure que le moi s’efface.

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