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POUR ARRÊTER DE SOUFFRIR

Placide Gaboury

Ce qui est mal chez l’humain ... est toujours ce qui est mal-aimé.

 

LA PENSÉE

A partir du moment où le moi s’empare de tout l’organisme, la pensée (mémoire, raison, imagination) sera utilisée pour glorifier le moi, pour lui attirer les regards, pour briller, et surtout, pour avoir raison. Et dans la pensée, c’est la mémoire en particulier que le moi utilise pour se donner une preuve de continuité, de durée. Il se donne ainsi l’impression qu’il ne disparaîtra pas, qu’il vaincra le temps et la mort. Il se sert également du raisonnement pour se donner des prétentions de solidité et de profondeur, pour se faire accroire qu’il sait. Du reste, quant à la science qui peut lui fournir pouvoir et renommée, il s’en servira même pour avoir raison contre ses rivaux.

 

LA SENSATION

Et le moi s’approprie aussi les sensations du corps, le plaisir, une chose saine et naturelle dont il fait un désir fabriqué, ainsi que toutes les bassesses sexuelles, les séductions égoïstes, l’esclavage sensuel, le sado-masochisme, qui sont autant de déviations narcissiques. Le moi utilisera même les douleurs du corps pour attirer l’attention, se faire plaindre, devenir un centre d’intérêt.

 

L’ÉMOTION

De plus, le moi s’appropriera l’émotion en la déviant de son penchant généreux. Selon ma façon de voir, lorsque la sensibilité (l’émotion) est aux mains du moi, elle cesse d’être ouverte sur le monde et la vie, pour se replier sur elle-même, maladive et intéressée. J’ai appelé ce revirement l’émotivité. N’oublions pas que c’est par celle-ci, mêlée à l’imagination, que la souffrance apparaît.

 

L’ACTION

Finalement, le moi s’approprie l’action qui est déjà en opération par les organes du corps interne (cœur, cerveau, poumons, etc.) Et qui est simplement prolongée par les membres extérieurs. Mais le moi se croit cependant celui qui agit, qui fait bouger le corps et le rend actif. Comme le moi est l’idée fixe que l’on se fait de soi-même, il ne peut voir à travers son jeu et ne peut, par conséquent, s’apercevoir que sa prétention d’être le contrôleur, l’acteur ou le penseur, est une pure fiction. Ce n’est pas lui qui pense, mais le cerveau (bien avant que le moi n’existe), ce n’est pas lui qui agit, mais le corps (qui était en action bien avant l’apparition du moi). Ce n’est pas davantage lui qui réagit affectivement aux événements et aux personnes, mais la sensibilité de tout l’organisme, l’ouverture de tout l’être (qui précède le moi pour être ensuite bloquée par celui-ci). Or, cette sensibilité est spontanée, elle ne renvoie pas à la personne, alors que le moi en se l’appropriant en fait une chose qui est axée uniquement sur la personne. Ce n’est pourtant pas que le moi soit mauvais, puisque c’est une simple prétention, une sorte de rôle de composition. Il ne s’agit nullement de le rejeter, de lutter contre lui ou de le tuer, suivant l’interprétation de la piété chrétienne qui affirmait carrément que “le moi est haïssable”. Non, il n’est pas chose détestable, simplement une fausse prétention. En réalité, aucun humain n’est détestable, il se connaît mal tout simplement et, à cause de cela, ne s’aime pas.

 

Ce qui est mal chez l’humain est toujours ce qui est mal-aimé.

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