POUR ARRÊTER DE SOUFFRIR

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Placide Gaboury

Le créateur de la souffrance

Vous êtes peut-être de ceux qui croient que la souffrance est un fait, une donné de la vie, qu’il n’y a vraiment rien à faire; c’est une réalité naturelle comme le vent et la marée, comme les saisons, la naissance et la mort. Si vous êtes croyant, vous pourriez même soutenir que la souffrance est créée par le même esprit qui a fait tout le reste. En d’autres mots, vous seriez portés à penser que ce n’est pas votre faute si vous souffrez ou s’il y a partout de la souffrance; il n’y a tout simplement pas moyen de l’éviter, on est condamné à souffrir. Et peut-être que vous n’auriez pas complètement tort. Car si la vie de tous les humains connaît la souffrance, comme je l’ai évoqué en citant Bouddha, cela signifie que si la souffrance n’est pas directement voulue par la vie même, elle fait tout de même partie intégrante de celle-ci, comme une réalité inévitable, comme une condition fondamentale de la vie.

 

Tout de même, il serait regrettable de passer à travers sa vie sans avoir exploré une autre possibilité, si jamais elle existait, la possibilité de ne pas souffrir ou de moins souffrir. Nous sommes au moins certains d’une chose; nous ne pouvons éviter la douleur comme réaction corporelle qui est, du reste, très utile. Mais sommes-nous vraiment condamnés à une souffrance continuelle, ou à une certaine sorte de souffrance, c’est-à-dire à des réactions de refus et de dramatisation? Je ne le crois pas.

 

En réalité, je pense justement le contraire, à la suite de nombreux esprits éminents tels le Bouddha, Lao Tseu, Jésus, Marc-Aurèle, Le Arabi, Ramana Maharshi et plusieurs autres. Mais qu’ont-ils dit au juste? Ils n’ont certainement pas dit que l’être humain ne serait pas éprouvé par toutes sortes d’événements contrariants, de calamités et de catastrophes. Ces choses-là sont inévitables, ont-ils reconnu, elles sont de la même étoffe que la douleur physique; elles appartiennent au monde des faits physiques et à la croissance de la vie. Ce que les sages ont dit, en revanche, c’est que la façon de vivre et d’accueillir ces épreuves pouvait diminuer et même abolir la souffrance, c’est-à-dire changer la vie. C’est de cette façon que je vois les choses; si la douleur est un fait inéluctable (mais dont la présence et la violence sont grandement diminuées depuis les extraordinaires découvertes de la médecine), par ailleurs, la réaction émotive et mentale à la douleur et aux événements “indésirables, détestables et inacceptables” peut être non seulement évitée, mais complètement désamorcée, même abolie.

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