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Placide Gaboury |
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POUR ARRÊTER DE SOUFFRIR |
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L’attente du bonheur S’il existe aujourd’hui dans ma vie ou dans mon être un objet d’insatisfaction, si je ne suis pas complètement bien et content d’être ce que je suis en cet instant, s’il y a toujours quelque part un refus ou un regret, une attente secrète, je vis dans la frustration. Je vis dans le passé, rêvant d’un avenir idéal. Il me suffit d’espérer un événement favorable dans l’avenir (peut-être une fortune), de rêver de trouver l’âme-soeur, la femme ou l’homme de ma vie, il me suffit d’être mal à l’aise dans mon emploi, dans mon mariage ou mon aventure amoureuse, de “regarder ailleurs”, il me suffit d’attendre une transplantation d’organe ou une guérison, une réconciliation, un poste ou une mutation, pour être en état de souffrance.
Espérer. Rêver. Attendre. L’attente et l’espoir sont parmi les plus grands créateurs de souffrance parce qu’ils se situent parmi les plus grands leurres de l’histoire humaine. Vous allez me répondre: “Un instant! Tous ceux qui ont espéré jusqu’ici, tout l’espoir que donnent la médecine, les centres d’accueil, les fonds d’entraide, les réalisations technologiques, les promesse religieuses et politiques de paix, de salut et de bonheur familial, personnel et social, de réussite économique, de “Grand Soir”, vous me dites que toute cela c’est de l’illusion, de la fumée? Et je réplique: “Regardez ce qui se passe. A chaque Noël on nous rabâche ces thèmes éculés de l’espoir du monde, de la venue d’un sauveur, de la paix enfin assurée sur terre, et depuis des millénaires les gens, à chaque année, rechantent comme des mantras magiques ces mêmes attentes répondant aux mêmes promesses. (Il est certain que ça fait vendre... le rêve.) Attentes-promesses qui se répètent indéfiniment justement parce que ça ne change rien, et ça ne change rien précisément parce que ça n’a rien changé dans le passé. On n’y arrive pas à la paix aux hommes de bonne volonté, ce message si gentil et rose bonbon supposément inspiré par des anges. On mise tout sur une seule journée, croyant que tous les bonheurs étant promis, tous seront réalisés à partir de (ou même durant) cette nuit magique: la paix, le bonheur et la fraternité vont enfin nous tomber dessus comme la neige.
Mais on s’habitue à croire que le bonheur va venir lorsque certaines conditions extérieures, certains événements, certains changements économiques, politiques ou familiaux seront enfin réalisés. Et comme toutes conditions ne se réalisent jamais toutes ensemble, mais (peut-être) par bribes et plutôt médiocrement, le bonheur n’est jamais au rendez-vous. On l’attend comme on attend un autobus qui n’arrive pas. Mais supposons un seul instant que nous regardions dans la mauvaise direction? |