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Renaître de ses cendres |
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Placide Gaboury |
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Ce livre publié en 1991 par les éditions Libre Expression a été publié de nouveau au Québec en 2001 par les éditions Québecor, et il est possible de le retrouver en France. Ce livre, dont j’ai tiré quelques extraits, parle du désespoir qu’il faut connaître pour comprendre la vie et pour apprendre à aimer. «Le désespoir creuse la confiance, dit Placide Gaboury, comme un bulldozer qui prépare les fondations d'une maison. Et c’est la profondeur du désespoir qui permet ensuite de dire un oui sans condition». Pierre T. ============ Non, il ne s'agit pas de la résurrection des corps telle que l'entend l'orthodoxie chrétienne. Je parle plutôt du quotidien, du monde ordinaire, de la vie sur terre. Renaître de ses cendres, c'est tirer du mal un bien, tirer de ce qui est mort une nouvelle vie, du désordre de l'ordre, du non-sens un sens. Renaître de ses cendres, c'est savoir rebondir, savoir tirer parti de tout, et tout d'abord de ce qui est en apparence destructeur, négatif, ténébreux. C'est le nénuphar tirant de la boue sa lumière, la rose tirant du fumier son parfum, l'huître qui du "viol" d'un grain de sable, tire une perle.
Apprendre à créer, à transformer tout ce qui se détruit en création nouvelle, renverser l'entropie qui dénivelle et désagrège tous les corps, en une conscience que rien ne peut détruire. Savoir renaître, ce n'est sûrement pas ce que l'on enseigne dans les écoles. Bien sûr, on apprend aux étudiants qu'il leur faudra plus tard se débattre, entrer en guerre, lutter et gagner contre les autres. Mais il ne s'agit pas ici de guerre avec quiconque. En fait, il ne s'agit pas de guerre du tout, mais de conscience, d'intelligence, d'habileté et d'amour. Car c'est avec soi que se fera la rencontre, et c'est de soi-même qu'il faudra tirer l'énergie nécessaire pour se renouveler et se transformer. Les forces qui écrasent peuvent devenir un rayonnement profond chez celui qui ne résiste plus ou n'essaie plus de changer la vie.
Il s'agit donc tout d'abord de nous reconnaître, de regarder sans honte ni hésitation tout ce qui nous fait du tort, que nous détestons, qui fait mal, tout ce qui nous empêche d'être libres, les larmes et les cris de détresse, les serrements au ventre, tout ce qui a été nié. Car c'est là que se trouve la force de renaître, c'est là que l'on découvre son dieu. On ne devient pas éclairé en imaginant des êtres de lumière, mais en rendant les ténèbres conscientes.
Dans nos cendres se cache Dieu. Oui, justement là où se trouve ce que l'on refuse le plus, où se cache le mal en nous, nos démons et nos enfers personnels, c'est là que l'on recouvre Dieu et c'est là aussi qu'on le découvre. Nous refoulons ce qui fait peur. Et ce qui fait le plus peur, c'est l'absolu, l'inconnu, Dieu. Nous refoulons les choses inacceptables, ce que nous concevons comme le mal, nous le refusons en nous. C'est même en le refoulant qu'il devient le mal, l'inconscient négatif, les ténèbres. Tout cela, c'est le côté de Dieu que l'on ne peut accepter. Dieu est en nous le refoulé. Comment le côté de Dieu? Y aurait-il du mal en Dieu? Je sais que c'est une idée qui offense la piété et qui peut surprendre, mais Dieu est le mal en nous autant que le bien et le plaisant. Et c'est la même chose pour tout le mal qui règne en dehors de nous. Il est facile d'accepter la beauté, le plaisir, la grandeur, la variété et la fraîcheur des choses, l'enfance, les petits animaux, la douceur de vivre! Si c'est cela Dieu, d'accord. Mais à supposer que Dieu soit également tout le reste? L'autre côté de la médaille, c'est toujours la même médaille!
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