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POUR ARRÊTER DE SOUFFRIR |
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Placide Gaboury |
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‘’Vous êtes peut-être de ceux qui croient que la souffrance est un fait, une donné de la vie, qu’il n’y a vraiment rien à faire; c’est une réalité naturelle comme le vent et la marée, comme les saisons, la naissance et la mort. Si vous êtes croyant, vous pourriez même soutenir que la souffrance est créée par le même esprit qui a fait tout le reste. En d’autres mots, vous seriez portés à penser que ce n’est pas votre faute si vous souffrez ou s’il y a partout de la souffrance; il n’y a tout simplement pas moyen de l’éviter, on est condamné à souffrir. Et peut-être que vous n’auriez pas complètement tort.’’ Publié en 1997 par Edimag, et ré-édité en 2007, voici des extraits d’un livre qui nous exposera nos principales souffrances, car il nous faut d’abord savoir pourquoi l’on souffre, pour arrêter de souffrir. Pierre T.
Quand je dis que je souffre, qu’est-ce que cela signifie? Je peux vouloir dire une foule de choses : je désire ce que je n’ai pas, je suis en manque, mes besoins sont insatisfaits, j’attends quelqu’un ou quelque chose, j’endure en me plaignant et en espérant que ça va s’arrêter, je n’aime pas ce qui se passe, je suis éprouvé par la maladie, le divorce, la faillite, la mortalité, l’inondation, l’incendie, la perte de mon emploi, j’espère un changement, je m’ennuie, j’aime quelqu’un qui ne m’aime pas, je m’inquiète, je m’angoisse, j’ai peur, je suis jaloux, je suis en colère, je déteste, j’en veux à celui-ci ou à ceux-là, j’éprouve du ressentiment et j’anticipe la vengeance, je ne peux pardonner, etc. Pour démêler cet écheveau très complexe, commençons par quelque chose de très simple. Distinguons tout d’abord la douleur de la souffrance.
Dans mon vocabulaire, la douleur est la réaction corporelle à un fait physique. (Exemple: la naissance d’un enfant pour le corps de la mère, même si aujourd’hui la douleur et la parturition ne sont plus aussi liées.) Alors que la souffrance, selon moi, c’est la réaction psychologique à un événement, une chose ou une personne. (Exemple: l’attitude de la mère qui, ayant enfanté, verrait son bébé mourir à l’instant.)
Un fait, dit Larousse, c’est ce qui existe réellement, véritablement. Exemples: la table devant moi, le corps, l’arbre, la ville, le chien qui passe, le bébé qui pleure, la guerre en Afrique, le concert de Mozart, la bombe à Paris, la maladie du sidéen, la rose épanouie dans le jardin, la faillite du voisin, le décès d’une personne, etc. En revanche, ce qui est imaginé (un drame possible) n’est pas un fait, bien que l’acte lui-même d’imaginer le soit: tu imagines réellement quelque chose, mais ce que tu imagines n’est pas réel. Il en sera ainsi de toutes les fantaisies sexuelles et amoureuses, de rêves, des fuites dans le possible, des inventions romanesques, de l’espace virtuel (qui est un fait technologique mais dont le contenu ne renvoie à aucune réalité), ainsi que des interprétations qui ne sont pas vérifiées concrètement. Par conséquent, même la mère qui, en enfantant, connaîtrait de la douleur pourrait transformer cette dernière en souffrance si, au lieu de s’en tenir au fait physique, elle se mettait à inventer des drames, à s’inquiéter, à imaginer le pire, etc.
Dans ce que j’appelle “souffrance”, cela commence au contraire de l’intérieur, avec l’intervention du mental et de l’émotivité; ce n’est pas dû tout d’abord, ou uniquement, à une perception sensorielle telle qu’une brûlure ou un coup. Cela provient d’une réaction émotive de la personne. C’est ce qui me fait dire que la souffrance est une réaction psychologique (la pensée) et non physique ou biologique (la sensation), à une chose, une personne ou un événement (qui pourra être aussi bien intérieur qu’extérieur).
Une réaction psychologique serait donc une attitude intérieure (s’exprimant possiblement à l’extérieur par la parole ou le geste) qui répond à un événement, à une personne, à une action ou à une expérience personnelle intérieure. Exemples: je suis triste en réaction au mauvais temps ou à une mortalité (événement), furieux devant la voisine qui insulte ma femme ou passionnément amoureux ou même jaloux de cette voisine (personne), déçus devant l’abandon d’un amant (action), écœuré en voyant ma propre jalousie (réaction devant une réaction qui est un ressenti personnel (Vous allez peut-être rétorquer vivement qu’être amoureux ce n’est pas de la souffrance, mais plutôt du bonheur! Peut-être, mais n’allons pas trop vite; nous y verrons plus clair lorsque nous serons parvenus à examiner l’amour et ses liens avec la souffrance). |