Page 1/1

Le voyage intérieur

Placide Gaboury

LA PERSONNE QUI S'EST CHANGÉE ELLE-MÊME

ne cherche pas à changer les autres.

 

Elle perçoit ceux-ci différemment et n'est plus obsédée par "l'erreur", "l'immoralité" ou "l'ignorance" d'autrui: elle est trop consciente de ses propres obstacles et faiblesses pour tomber dans ce travers. Son aide consistera à aimer au lieu de vouloir convertir. (Dieu sait qu'on a besoin d'apprendre à aimer plutôt que de viser à convertir. Selon l'évangile, c'est le commandement unique et qui comprend tout; et comme dit saint Paul, même si on a tout le reste (y compris le pouvoir d'électriser et de convertir les foules) si on n'a pas l'amour-compassion on ne vaut strictement rien.)

 

Il est d'ailleurs beaucoup plus difficile de simplement accepter les autres tels qu'ils sont que de les cuisiner et manipuler en vue de les transformer à notre image ou à notre point de vue, d'en faire des "convertis". Cela vicie toute l'approche et fait entrer la politique dans la religion. Celui qui s'est changé lui-même verra cela. Il comprendra qu'on ne peut vraiment sauver personne d'autre de l'extérieur, qu'on peut au plus permettre à l'autre de se trouver et se changer ou lui offrir un climat, un espace lui permettant d'être vraiment de qu'il est, de se déployer en toute aise, pour ensuite progresser dans le sens qu'il jugera le meilleur, à son rythme propre et au moment où il le voudra. Si cet autre veut se faire bouddhiste alors que nous sommes chrétiens, c'est notre devoir de l'y conduire ou à tout le moins de n'y pas mettre d'obstacle, si subtil qu'il soit. Cela demande, on le soupçonne, une grande force de détachement.

 

"Mais comment pouvez-vous parler ainsi? N'est-ce pas la porte ouverte à toute permissivité, n'est-ce pas l'absence totale de règle, du sens de la tradition, du respect pour ce que nous croyons être la vérité? Et comment concilier cela avec ce que le Seigneur nous dit: "Allez enseigner toutes les nations"?" Oui, j'entends tout cela. Mais si nous essayons une seule fois d'aimer plutôt que de vouloir convertir quelqu'un, nous commencerons déjà de le voir autrement. On est d'ailleurs libre d'en faire l'essai. Je ne veux pas à mon tour convertir personne à ma façon de voir, mais simplement exprimer ce que j'ai moi-même traversé, enduré, vécu. Si vous croyez que votre chemin est le bon, ne vous embarrassez pas du mien, ou de tout autre.

 

Ce qu'il y a à enseigner "aux nations" ce n'est pas le Christianisme en tant que doctrine ou morale. Il ne faut en fin de compte rien "enseigner" comme une somme d'informations. On n'enseigne que ce que l'on est. On ne sait que ce que l'on est. Les mots sont au plus des commentaires quand ils ne sont pas en contradiction avec le vécu. Allez montrer aux hommes du monde entier ce que c'est que d'être un fils de Dieu vivant pleinement cette réalité et vous ne vous poserez plus alors de question quant à votre efficacité. N'allez même pas leur montrer : si vous l'êtes ce fils, on vous reconnaîtra, car "tout ce qui est caché sera découvert". Mais n'allez surtout pas leur raconter à ces nations "ce qu'il faut croire", n'allez pas leur dire: "voici ce qui est arrivé: Jésus est né dans une étable". Car s'il n'est pas né en vous, à quoi cela sert-il?

. RETOUR .
. RETOUR .