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Sérénité

Placide Gaboury

Onzième étapes

‘’Nous avons cherché, par la prière et la méditation, à améliorer notre contact conscient

avec Dieu tel que nous Le concevions, Lui demandant seulement de connaître Sa Volonté

à notre égard et de nous donner la force de l’exécuter.’’

(Gros livre des AA)

 

Mon “contact conscient” avec Dieu tel que je Le conçois. Depuis que j’ai reconnu mon impuissance et fait appel à la Toute-Puissance de Dieu, ma vie a recommencé sur une nouvelle base : l’humilité et la Grâce de Dieu. Cela veut dire que les priorités ont changé. Ce qui était de première importance, autrefois, est maintenant de moindre importance et deviendra sans importance avec le temps. Et ce qui était autrefois négligeable va être de plus en plus au premier plan et éclipser tout le reste.

 

L’aventure de la vie, l’aventure des A.A., est un cheminement spirituel. C’est-à-dire que, une fois l’aveu d’impuissance bien ancré en nous et dans notre quotidien en même temps que l’abandon complet à cette Puissance que nous ne pouvons nommer, mais sans laquelle on n’est rien, une fois ces deux choses solidement en évidence, nous verrons que l’abstinence n’est pas le but final d’une vie humaine. Que l’on soit dépendant de l’alcool, des jeux de hasard, du sexe compulsif, des religions nouvelles, du travail forcené, des drogues dures ou que l’on soit dépendant vis-à-vis de certaines personnes, tout cela est un blocage qui nous empêche d’écouter Dieu, de faire Sa Volonté, d’être libre. Tout cela est la royaume du Moi, un royaume d’esclavage, une recherche de sécurité introuvable à l’extérieur, une peur de vivre et de mourir, un besoin de fuir continuellement l’insupportable. On s’est enfermé dans le royaume du Moi prétentieux qui est un monde de malheur, d’insatisfaction et de souffrance continuelle. C’est le royaume de l’imaginaire qui est toujours ailleurs dans le temps et l’espace. Alors que le Royaume de Dieu, c’est le moment présent, c’est le monde des faits, des choses vivantes et réelles : le monde qui nous confronte sans arrêt.

 

Lorsqu’on avance sur le chemin de la Connaissance de soi, on découvre que ce n’est finalement pas l’alcool ou l’excès de travail qui est le mal profond, l’obstacle primordial. C’est le MOI. Le Moi se sert des instruments de l’organisme (intelligence, mémoire, imagination) pour se créer une sécurité et contrôler la vie selon son désir. Mais tous ces instruments qui, en soi, sont neutres, le Moi s’en empare et en fait ses instruments à lui, des instruments pour fuir et se mentir. Le Moi se sert de tout pour se sécuriser, pour se justifier, pour contrôler, pour être le centre de tout. Il se sert de la pensée pour fabriquer un monde idéaliste de fuite et d’illusion; il se sert de l’émotion pour s’attacher à ce qu’il aime et veut et aussi pour se prendre en pitié ou se punir si ça ne va pas à son gré. Il se sert du corps pour oublier en le droguant, en le “ gelant ”, en le paralysant. Il se sert également de tout ce qui arrive, de tout ce qui lui tombe sous la main; il se sert des aventures, de ses talents et des personnes rencontrées dans le but de se bâtir un château fort qui s’avère un jour un château de cartes ou de sable. Mais il ne faut surtout pas le dire, le voir ou s’en rendre compte : il faut entretenir l’illusion et s’enlever les moyens de l’apercevoir. Telles sont l’habileté, la ténacité, l’hypocrisie du Moi.

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