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Renaître de ses cendres

Placide Gaboury

Le Québec renait de ses cendres

Non, ce n'est pas l'argent, c'est la culture, le goût d'être soi-même, la richesse du patrimoine, de la façon de vivre, de voir, de sentir, c'est cela la richesse d'un pays. Il n'y a rien d'humain comme tel dans l'argent et les affaires, c'est nous qui devons y accorder le sens que nous voulons y voir. Notre valeur est dans notre créativité et notre volonté d'être nous-mêmes. Les forts sont ceux qui, ayant été écrasés, se relèvent. Ce ne sont pas ceux qui, comme les Canadiens anglais, n'ont pas encore connu l'oppression, l'humiliation, les cendres. Mais le Canada anglais devra traverser un jour ses propres cendre s'il veut devenir un pays adulte et créateur. S'il veut vraiment renaître.

 

L'épreuve nécessaire. Tout dialogue fondé sur la reconnaissance de ses présupposés, intentions cachées et préjugés ne pourra se faire en réprimant le mal par la force, la haine, ou encore par le maintien des tabous. Renaître de ses cendres, c'est avoir reconnu, compris et accepté que le mal en nous est un bien refoulé, méconnu et combattu. Cela ne peut venir que d'un élargissement de la conscience qui voit que mal et bien (bons et méchants) ne sont jamais séparés, et que, par conséquent, dieu et diable sont également en chacun, formant une seule réalité mais vue sous des angles différents, et finalement qu'aucune situation n'est désespérée, définitive et absolument perdue. Il y a toujours moyen de renaître de ses cendres. L'amour finit toujours par reconnaître la lumière cachée et le lien (le sens) qui relie toutes choses. C'est justement le privilège de l'amour de voir où l'autre peut renaître de ses cendres, de voir la fleur sans la boue. En effet, s'il y a, en chacun et dans l'humanité comme ensemble, une opposition entre bien et mal, entre conscient et inconscient, entre orthodoxie et hérésie, il y a simultanément une attraction entre ces deux pôles. On désire l'abîme autant qu'on le craint, on cherche à se toucher les uns les autres tout en craignant l'intimité, on désire l'unité tout en se sentant menacé par elle.

 

Il y a les deux : le désir d'union et la terreur d'être uni. D'un côté, ce que chacun cherche au fond, c'est la réunion, la fusion avec le monde et les êtres. On connaît le fameux mythe de Platon où l'humain est une bête à quatre pattes, quatre bras et deux têtes. Devenu trop puissant pour les dieux, ceux-ci décident de le fendre en deux, produisant ainsi deux moitiés qui se cherchent sans cesse pour retrouver le tout originel, la fameuse "tête à deux dos" dont parle le moyen-âge paillard.

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