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Renaître de ses cendres

Placide Gaboury

La souffrance nécessaire. Ce n'est pas parce que l'inconscient contient de l'ombre, que la vie réserve des obstacles et des épreuves ou qu'il y a en nous du mal, que pour autant il est nécessaire de souffrir et de s'arranger pour vivre dans le malheur. Le Bouddha lui-même reconnaissait que si la vie était souffrance, peine, frustration, toute la voie spirituelle consistait à se libérer de cette souffrance. Il s'agit de cesser de souffrir évidemment. Mais voilà le hic. Le seul fait de refuser de souffrir fait souffrir davantage. En refusant la souffrance, la vie telle qu'elle est, en visant toujours un monde meilleur ou en fuyant celui dans lequel on est, on souffre. C'est-à-dire que la majeure partie de nos souffrances ne viennent pas de la vie mais de nous-mêmes.

 

C'est nous qui créons la plupart de nos malheurs. Nous les créons par la tendance à fuir ce qui fait mal, par la peur d'avoir mal, ou par la terreur d'un malheur possible et futur, par la crainte, finalement, de la vie qui s'achève. Il s'agit donc tout d'abord de ne pas créer la souffrance. Imaginez tout le mal que l'on s'éviterait si l'on cessait d'imaginer le mal que l'on pourrait subir. Ne pas créer le mal veut dire cesser de cultiver le mental et ses fantasmes décrochés. Car le mal est produit par le mental (engrossé d'émotion imaginative) qui invente, refuse, refoule le mal et se cabre devant les souffrances possibles. La souffrance est créée par une émotivité négative (la peur et ses séquelles), qui, de connivence avec le mental, projette sur ce qui arrive des interprétations fausses, entretient des préjugés, inspire des refus et des négations de tout ce que l'on n'aime pas.

 

Recevoir la souffrance. Ne pas créer la souffrance, mais la vivre à fond, lui dire oui. Le fait de ne plus s'y opposer cesse de la créer. On finit par être un avec, et non plus en lutte contre, ce qui justement est un état de souffrance. Si l'on peut changer une situation douloureuse sans blesser personne, qu'on le fasse, il ne s'agit en aucun cas de subir passivement. Mais si l'on ne peut rien changer aux circonstances et aux conditions qui ne dépendent pas de nous, du climat, de l'économie du pays, de la pauvreté, de la maladie, caractère du conjoint ou du voisin, conscience et niveau d'éducation de ceux qui nous entourent, état des routes, nullité du gouvernement, etc., il s'agit alors de dire oui et de vouloir pleinement ce qui se passe.

 

"Tu dois souffrir pour apprendre la vérité sur toi-même, tu dois apprendre à ne pas refuser le malheur. Lorsque le malheur se présente, l'homme doit l'accepter volontairement, et il doit l'accepter de tout son être". "Ce qui renverse la personne non mûre, une lourde perte, une déception, une brutale injustice sera l'occasion, chez l'homme mûr, d'un accroissement de maturité".

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