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C'est à nous que nous faisons le mal en premier, comme c'est à nous que nous faisons du bien en premier. En aimant quelqu'un, nous en sommes les premiers bénéficiaires. Aimer libère, apaise, rend joyeux et permet d'être créateur. Et ce qui nous fait du bien crée une onde qui atteint les autres automatiquement, puisque nous sommes tous des concentrations d'énergie, des transformateurs, des turbines émotives, mentales et sensorielles. Nous sommes tous dans la même eau qui nous porte et dans laquelle nous avons la vie, la conscience et l'être.
C'est évidemment à nous que nous faisons mal en n'acceptant pas ce qui est, en disant non à ce qui nous entoure, aux êtres tels qu'ils sont, aux effets de nos actions, aux événements qui nous révoltent. Souffrir, c'est être coupé de ce qu'on aime ou désire, la paix et moi, les événements et moi, les autres et moi, ce qui veut dire en somme, le divin et moi. Souffrir c'est être divisé, coupé, séparé du reste, c'est être dans une attitude de refus, de rejet, de non. Je veux poser l'acte qui me plaît, mais je refuse absolument ce qui va le suivre. Je veux boire et manger autant que bon me semble, mais je ne veux pas d'opération du foie. Je veux les belles et bonnes choses, le côté agréable de la vie, mais je refuse ce qui blesse, ce qui brime, ce qui ne dure pas. J'accepte mes qualités mais je ne veux pas voir mes défauts, comme je suis faciné par les qualités de telle personne mais m'obstine à admettre qu'elle a des faiblesses. En somme, je ne suis pas vraiment un avec aucune de ces choses, j'en prends et j'en laisse. Eh bien, cela ne va pas sans conséquences.
On est responsable de tout, on ne peut se disculper de rien. Ce qui nous arrive nous est dû. C'est précisément ce qu'il nous faut pour nous guérir. La vie nous sert des résultats semblables à nos actes afin de nous faire voir ceux-ci et pouvoir changer de cap. Serions-nous faits pour souffrir, cependant? Non, je ne pense pas que ce soit inscrit dans la nature que l'on doive souffrir. La souffrance n'arrive que lorsqu'on manque au programme. Elle est le signal d'un désordre. Nous sommes faits pour être harmonisés, en paix, créateurs et heureux. Nous sommes faits pour apprendre à aimer, nous sommes des centres d'amour et de compassion encore peu dégrossis, manquant de raffinement, de constance et de rectitude. La vie nous engage à aimer, elle ne fait que cela vraiment. A aimer, sinon à souffrir, et c'est ce qui nous fait le plus de bien.
Si on n'aime pas, on souffrira sans doute davantage, mais c'est parce qu'on le veut foncièrement, parce qu'on ne veut pas en sortir, comme tant d'habitués qui se plaisent à maintenir leur prison et qui sont blessés quand on veut les en libérer. Si nous ne sommes pas faits pour souffrir, pourquoi y a-t-il alors tant de souffrance physique, émotive, mentale et même spirituelle? Il n'y a sans doute aucune réponse satisfaisante. Mais voici comment je ressens la chose actuellement. Je pense que s'il est vrai que l'on va du moins au plus, il est normal que nous commencions notre aventure dans l'obscurité et que petit à petit nous allions vers la lumière. C'est la voie suivie par les plantes.
Vivre dans les ténèbres, c'est ne rien comprendre, c'est ne pas savoir ce qu'on est venu faire dans cette galère. Cela peut prendre du temps à saisir. On avance à tâtons, par essais et erreurs. On avance surtout par nos erreurs, qui contiennent souvent nos meilleures leçons. Et un jour on comprend que tout était en notre faveur, que tout nous poussait, comme une semence, vers l'épanouissement de l'arbre, vers une conscience de plus en plus ouverte. On commence par être petit, renfermé, mesquin, et la vie nous ouvre par toutes sortes de blessures, au point qu'un jour, on consent vraiment à suivre le cours de la vie, à épouser son moment, à lui dire oui. Et alors, la souffrance a acquis une plénitude de sens.
Vous rappelez-vous tous les moments dramatiques de naufrages, de pannes en pays étranger? Eh bien, on finit toujours par atteindre son chez-soi. Il n'y a pas de situation tragique, il n'y a que des peurs exagérées, de l'inquiétude inutile. Des désirs d'avoir et de savoir tout à la fois, sans attendre, sans que le temps ne guérisse lui-même les blessures, les erreurs et les malheurs. Tout mal est finalement pour un bien. On n'a qu'à se rappeler les souffrances passées, et on comprendra que ce sont les plus pénibles qui nous ont appris les plus grandes leçons. |
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Ce sont les plus
pénibles souffrances
qui nous ont appris
les plus grandes
leçons. |
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Placide Gaboury |
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Un mal pour un bien |