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Une certaine tradition catholique morbide considérait la souffrance comme un but. Mais, à mon sens, elle n'a pas compris que la souffrance est déjà le résultat d'un désordre créé par nous, elle ne fait que répondre à une attitude, à un geste désordonné. Ce n'est donc pas une bonne chose en soi. Le Bouddha a axé tout son message sur la souffrance à éviter, en commençant par ce qui la cause jusqu'aux possibilités de l'enrayer. J'ai peine à imaginer qu'on puisse concevoir que la souffrance soit quelque chose à rechercher ou à cultiver! Il n'est pas naturel d'aimer souffrir. Il me semble pourtant vrai que plus on aime, plus on peut endurer de souffrance. Mais, en revanche, il ne serait pas juste de dire, comme l'ont exprimé des zélots chrétiens, qu'à cause de cela, souffrons davantage afin d'aimer plus! On peut croire qu'on a plus de mérite quand il y a plus de souffrance, mais c'est une erreur, ce n'est pas le degré de souffrance qui crée le mérite, c'est la qualité de l'amour, de l'intention au moment de l'acte. Il s'agit plutôt, je crois, de remarquer comment réagit notre corps à nos attitudes et émotions négatives ou positives. Nous verrons alors qu'une haine de soi produit toujours de la souffrance sous forme de maladie. Nous n'avons qu'à observer aussi comment un mauvais usage de la nature se retourne contre nous, comme dans les pluies acides.
Et enfin, comment le rejet de l'autre, le refus d'accepter les autres races et croyances produisent des états de conflits, de guerres et des désordres interminables entre les pays. Tous les maux, toutes les souffrances viennent de notre ego, de notre mépris mutuel, de notre refus d'écouter les lois de la vie. Ils viennent de notre croyance entêtée et profonde que nous sommes tous séparés. Cependant, la souffrance qui demeure toujours un effet de nos désordres est par le fait même un rappel à l'ordre, et en cela, elle peut être une bonne chose. Elle peut alors être utilisée comme leçon sur soi, sur les autres, comme renseignement sur la vie. Une fois reçue et acceptée, la situation pénible peut nous transformer. Mais ce n'est pas tant cette souffrance qui nous transforme alors, que l'acceptation amenée par la souffrance et qui justement aurait pu empêcher cette souffrance.
FAUT-IL SOUFFRIR POUR APPRENDRE? Reconnais-tu tout d'abord que c'est ta raison pleine de doute qui pose cette question? Et que le temps que tu perds à t'appesantir sur ce genre de problème te permet d'éviter d'avoir à le résoudre dans le concret, en le vivant au lieu de le penser? Notre vie terrestre n'est pas donnée ni prévue pour la souffrance. Cependant, comme on n'apprend que difficilement à respecter les lois et les exigences de cet univers, en commençant par son propre corps, on attire des réactions immédiatement négatives.
En posant un doigt sur un élément de surface, l'enfant se brûle, c'est ainsi qu'il apprend, car il n'apprendra pas simplement à se faire dire qu'il ne doit pas agir ainsi. On a besoin d'expérimenter, de vérifier, de vivre ses questions et réponses. C'est certainement ainsi dans le domaine des émotions et de l'amour en particulier. En répandant du poison sur les plantes, on se fait envahir par encore plus d'insectes et on mange des fruits plus malsains encore. Tout ce qui n'est pas respecté, mais obtenu par force, par torture, ce qui est dominé ou possédé avec passion va produire de la souffrance. Tout ce qui est négatif en nous (pensée, émotions) va aussi recevoir du corps une réponse semblable. La souffrance devient le doigt qui pointe vers le mal en nous.
C'est parce qu'on entretient et répand le mal en nous et autour de nous que l'on souffre. Heureusement que la souffrance nous sert de pédagogue, elle nous dit comment on manque aux lois, à l'ordre universel. Heureusement que la souffrance peut servir à nous remettre en question, à nous faire changer de cap, à nous regarder en face, car si elle n'était pas là, comment pourrions-nous apprendre? Si tu te demandes sincèrement pourquoi la souffrance, tu commenceras à comprendre que souffrir est une réaction à une action humaine, à ton action à toi, et que si tu trouves en toi du négatif, tu as déjà ta réponse. |
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La souffrance
est par le fait même
un rappel à l'ordre |
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FAUT-IL SOUFFRIR POUR GRANDIR ? |
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Placide Gaboury |