La vie spirituelle, c'est l'union avec tout. C'est tout intégrer, dire oui à tout, tout embrasser, danser avec tout. Et s'engager dans la spiritualité, c'est chercher l'unité entre moi et les parties de moi, entre moi et les autres, entre moi et les événements. Ce qu'on semble chercher dans la vie, c'est être un avec toutes choses, autrement dit, le but de la vie serait d'atteindre l'amour... sans condition, sans possessivité. Etre heureux d'être soi-même et répandre cette joie. Ne plus être séparé de rien, être en paix et en relation avec tout, être parfaitement chez soi avec tout. Etre heureux à travers les choses qui plaisent, mais aussi parmi celles qui déplaisent. Ne plus être séparé de rien, être en paix et en relation avec tout, être capable d'aller jusqu'au bout de soi-même, de s'exprimer totalement.

 

Bien sûr que c'est tout un contrat, mais il faut prendre ça pas à pas, et commencer par voir ce qui empêche d'être un avec ce qui est devant moi, avec ce qui arrive. Prenons un exemple: je vois une personne qui me plaît, je la désire sexuellement, je rêve d'être avec elle, je projette sur elle les désirs que j'ai et je pense naturellement qu'elle doit avoir les mêmes réactions à mon égard que j'ai vis-à-vis d'elle. Tu vois ce qui se passe: je projette mes attentes sur ce qui est devant moi, j'invente le plaisir à partir de ce qui en fait ne garantit aucunement ce plaisir, puisque cette personne est autre que moi, qu'elle a des sentiments et des tendances différentes et qu'elle n'a peut-être aucun goût pour ma personne. Eh bien, j'apprends en la rencontrant que ce n'est pas du tout ce que j'attendais. Il y a alors déception, c'est-à-dire déplaisir. Le plaisir est venu de mon interprétation, de mon attente, pas de la réalité. Le déplaisir, lui, vient de la frustration de cette attente. Lui aussi est une invention de ma part. Tous les deux, plaisir et déplaisir vont de pair et tous deux sont dus à ma projection. Je ne vois pas ce qui est là, je vois ce que je veux voir, ce que je veux avoir.

 

Ce sont donc mes attentes qui me rendent malheureux quand elles ne sont pas satisfaites, mais si mes désirs sont satisfaits, il y a bonheur momentané. Mais comme je vais maintenant essayer de retrouver ce bonheur quoi qu'il arrive et dans n'importe quelle circonstance, je vais encore imposer mon attente, mon exigence alors que la réalité peut être tout autre. J'aurai commencé une habitude d'exiger quelque chose que la vie ne pourra pas me donner. Je serai donc frustré d'autant plus que l'élan du désir est fort, entretenu, enraciné.

 

Mais il faut satisfaire ses désirs autant que faire se peut, selon les situations. Par exemple, si la personne qu'on veut est déjà engagée, ça va causer des problèmes, mais si on veut poursuivre son désir, il faudra alors accepter les conséquences. Mais lorsque les désirs réalisés n'offenseront personne, on devrait les réaliser de tout son coeur. Les désirs doivent être satisfaits, mais en même temps, on doit apprendre quelque chose, et non chercher comme un animal à se satisfaire. Ça doit mener vers la connaissance. On doit apprendre cette leçon très importante que lorsqu'on a cherché de toutes ses forces à satisfaire ses désirs, la satisfaction ne vient pas, il y a toujours désir et encore désir. Si l'on accepte complètement cette réalité, et pas simplement une partie, alors le désir tombe tout à fait. On en est libéré. Si donc j'accepte que tel désir ne sera jamais comblé de toute ma vie, et que j'accepte cette réalité de tout mon coeur, j'en serai libre.

 

Il y a deux outils pour apprendre à se libérer, à atteindre cet amour sans possessivité, cette énergie qui nous relie sans obstacle à tout ce qu'on connaît. Il y a tout d'abord les émotions. Il faut les accepter et les exprimer complètement. Si tu es en colère, vis ta colère, si tu es "down", vis ça. Mais après que c'est passé, regarde et vois ce qui est arrivé. Et alors tu peux te rappeler ce que j'ai dit plus haut au sujet du plaisir et du déplaisir, c'est-à-dire de l'émotion. Tout est déformé par l'émotion négative. Ça empêche de voir ce qui est là. Ça empêche d'être un avec la personne, avec l'événement et tout d'abord avec ce que je refuse en moi. Je projette sur des choses en moi, une interprétation, je les refuse et alors je les vois chez les autres, que je vais également refuser. Il ne s'agit pas, bien sûr, d'assommer quelqu'un qu'on déteste. Il y a peut-être d'autres façons de procéder avant d'en arriver là. Si on commençait par dire sa colère dès le début du conflit au lieu d'attendre l'escalade des fureurs, on éviterait le pire et on libérerait l'énergie de la colère refoulée. Je dois reconnaître et accepter mon émotion, car c'est ça qui est en moi. Je dois la dire comme elle est dès qu'elle apparaît, et ne pas attendre.

 

Si j'accepte

 

que tel désir ne sera

 

 jamais comblé

 

de toute ma vie,

 

j'en serai libre

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Placide Gaboury

La vie spirituelle