Croire, c'est donner la permission à toute possibilité d'exister, de se manifester, de se développer, de se réaliser pleinement. Tout être humain est porté à croire à quelque chose, ses sens, la science, la liberté, son meilleur ami, son banquier, son curé, son journal, son parti. On ne peut survivre sans un minimum de croyance, croire en la vie ou en quelque aspect de la vie fait partie de tout humain vivant. Mais la croyance peut être crédulité, ou elle peut être une foi. La crédulité, c'est la croyance naïve, qui n'a pas été éprouvée ou exercée, la croyance de l'enfant ou du fidèle qui croit tout ce que lui dit son curé ou son pape. La crédulité, c'est l'étape première et inévitable de la vie pour s'intégrer dans une société, où il faut une confiance totale dans les valeurs transmises. Puis vient une seconde étape à l'adolescence, où la crédulité se change en son contraire, la non-crédulité. C'est le temps où on remet tout son passé en question, où on se révolte, où on envoie promener toute forme d'autorité. Cette étape est aussi immature que la première, car être contre, c'est être trop d'un côté, autant que le fait d'être totalement pour. Mais c'est une phase aussi nécessaire que la première si on veut connaître tous les côtés de son être et de sa vie.

 

Dans une troisième étape, la crédulité du début, qui est la croyance dans son aspect de confiance inconditionnelle, est maintenue mais cette fois, purifiée, éclairée, éprouvée par les déceptions, les conflits et les limites de la vie survenus au cours des années. On entre ainsi dans une ère où on sait pour l'avoir expérimenté ce qu'est la vie. On est mûr pour la foi. Avoir la foi n'a rien à voir avec la religion. C'est être passé à travers ses émotions, les avoir vécues et reconnues et intégrées, pour ensuite les dépasser et non les refoulées. Tout cela rendu possible par cette confiance de base en la bonté de la vie. Parce que j'ai vécu des choses, je les connais. On peut toujours réfuter mes opinions, mais on ne peut ébranler mon expérience. Je sais ce que sont la perte d'êtres aimés, la trahison, l'abandon, le désespoir. Je le sais dans mon corps, dans mon être. Et parce que je l'ai vécu, cela est devenu moi-même et je ne puis le perdre. Je ne connais que ce que j'ai expérimenté. Je ne sais que ce que j'ai vécu.

 

Les esprits crédules seront prêts à tout avaler, quoi que tu leur dises. Peut-être faudrait-il leur dire "qu'il ne faudrait surtout pas le croire même si c'est moi qui te le dis". En revanche, face aux incrédules, il vaut mieux ne pas parler de ce qui les dérange, à moins qu'ils ne posent eux-mêmes la question, et même alors, il vaudrait mieux se raviser. Jésus mettait en garde contre les paroles inappropriées : "Ne jetez pas vos perles aux pourceaux, car ils pourraient se retourner et vous déchirer". Paroles combien juste! Que de fois ne s'est-on mordu les lèvres d'avoir exposé une idée qui nous était chère mais qui ne tenait pas compte de l'immaturité de l'autre.

 

Chaque chose arrive en son temps et il n'est pas bon d'aller plus vite que la musique. Vouloir aller trop vite indique que l'on est pressé de répandre, même d'imposer ses idées. On fait de la propagande, on fait le missionnaire. On voudrait changer l'autre afin qu'il soit comme nous. Au fond on ne l'aime pas tel qu'il est, il nous paraîtrait plus aimable s'il pensait comme nous. L'esprit missionnaire est un esprit de récupération égocentrique recouvert d'une prétention généreuse et altruiste. Les Eglises et les sectes ont toujours pratiqué ce genre de manipulation. En des domaines, les Jésuites obéissaient même à des directives nettement politiques : "Entrez par la porte des autres pour les faire sortir par la nôtre", lit-on dans leurs maximes secrètes. On a bien peur de laisser agir en son temps l'Esprit. On craint qu'Il ne sache comment faire les choses et qu'il manque de bonnes chances de "convertir" les autres, mais L'Esprit n'est ni chrétien, ni juif, ni musulman, ni membre d'aucune secte. Il n'a pas de dogme à défendre, de système à implanter, de confession à imposer, de croyance à répandre. Il agit précisément dans le sens inverse. De l'intérieur, Il libère les personnes de toutes les forces missionnaires et manipulatrices pour que chacun puisse enfin n'entendre que la Voix au-delà de ces fritures d'egos.

 

 

Avoir la foi

 

n’a rien à voir

 

 avec la religion

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Placide Gaboury