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On pense généralement que la libération sexuelle a commencé dans les années 60 et qu'avant ça, c'était l'ère victorienne et janséniste, la peur et l'hypocrisie. Mais il ne faudrait pas croire que la peur du sexe est chose du passé. La libération sexuelle ne veut pas dire avoir autant de sexe que l'on veut, comme l'on veut et avec qui l'on veut. Eh bien, non, ce n'est pas en ayant autant d'expériences sexuelles qu'on a toujours rêvé d'avoir, qu'on devient une personne affranchie sexuellement.
Être libéré sexuellement, ce n'est pas, selon moi, être affranchi des tabous qui empêchent la débandade sexuelle, être libéré sexuellement, c'est n'avoir plus de culpabilité. On peut se croire libéré, et "s'envoyer en l'air" comme on dit. Pour se défouler, pour montrer ce qu'on vaut, mais aussi pour se prouver qu'on n'a pas peur. Enfin, on peut s'adonner à la partouse parce que profondément, on s'en veut. Car c'est connu, les alcooliques boivent parce qu'ils s'en veulent. Ainsi font les mangeurs excessifs ou même les travailleurs excessifs qui s'en veulent de ne pas être les meilleurs et les plus riches. On peut avoir des allures libérées et être profondément frustré. On s'en donne plus pour se venger, même pour se punir. Alors que pour se libérer, il faut se comprendre, se pardonner, s'aimer. Cesser de se punir.
Quand on a accepté d'avoir un sexe, de s'y sentir bien, de refuser toute forme de culpabilité et de remords à son sujet, on commence à se libérer. Le jour où on n'est plus obsédé par le sexe parce qu'on l'a intégré comme une chose allant de soi, sans drame, sans peur et sans reproche, on est libéré. On n'a plus alors le besoin de se prouver quoique ce soit, qu'on est grand performant, irrésistible ou encore femme fatale. On est libéré sexuellement quand on est libre d'en avoir ou pas, qu'on n'est plus esclave de ses poussées sexuelles, sans pour autant se sentir forcé d'être chaste. On a compris que c'était un jeu spontané, détendu, sans ambition, comme une danse.
L'absence de culpabilité rend à la sexualité sa fraîcheur et sa spontanéité. Elle redevient une expression réelle mais non primordiale de l'amour. Elle est un élément de fusion, au même titre que les émotions, l'affinité des idées ou des goûts. Mais elle a justement cessé d'être absolue, obligatoire et obsessive. Depuis que le sexe est relié au défendu comme dans notre civilisation dite avancée, il y a des maladies transmisses sexuellement. La syphilis, la gonorrhée et plus récemment la chlamidia et le sida ont donné l'impression aux Occidentaux que Dieu punissait ceux qui pratiquaient le sexe. Les maladies vénériennes démontraient à qui voulait le voir que Dieu n'aimait pas le sexe, qu'il ne le permettait que pour avoir des enfants, mais que le plaisir était contre sa loi et qu'on ne pouvait en même temps aller vers Dieu et vers la couchette. C'était deux pôles absolument opposés, Dieu étant du côté de la chasteté, et le diable du côté de la pratique sexuelle. Croire qu'on est puni par Dieu, que ce soit dans le sexe ou dans toute autre sphère d'activité, est une fabrication de ceux qui se servent de Dieu pour dominer les autres, pour consolider leur empire en créant des assujettis, qu'ils manipulent par la peur et la menace. Croire que Dieu nous punit, c'est la pire maladie. C'est la même chose que de ne pas s'aimer.
Mais le divin n'est pas dans la peur, car la peur exclut l'amour. Le divin n'est pas menacé par rien ni personne parce que justement il n'a pas de peur, et parce qu'il ne se sent aucunement menacé, il n'a jamais personne à punir, à écraser, contre qui se venger. Le divin n'a pas d'ennemi. La damnation éternelle et le plaisir de voir souffrir à jamais sont des fabrications de théologiens féconds tels Scheeben au 19è siècle et Bellarmin le jésuite du 17è, qui disaient tous deux que l'un des plaisirs des sauvés c'est de voir souffrir les damnés! Avec une telle attitude on ne peut se surprendre qu'on ait enseigné un Dieu vengeur. On projette sur autrui ce que l'on est. En parcourant la théologie morale de l'Eglise, on reconnaît moins la nature de Dieu que les refoulements des auteurs. Que l'Eglise cesse d'entretenir chez son clergé ces culpabilités maladives, en enseignant la confiance et l'amour du corps au lieu d'une culpabilité larvée, on pourra commencer à guérir les êtres. On regarde souvent les actes sexuels comme sales, bestiaux et immoraux. On a été ici beaucoup aidés par saint Augustin, qui voyait tout acte sexuel comme un péché mortel (véniel quand on voulait un bébé), et le sperme mâle comme le lieu même du péché originel, c'est-à-dire pour lui, la source de tout péché. Et à force de se faire enseigner que le mal se trouvait tout d'abord là, on a fini par s'en vouloir à mort d'être si repoussants.
A mesure qu'on voit le sexe comme coupable, qu'on entretient des remords en ce domaine, on ouvre la porte aux maladies vénériennes. Ce ne sont pas les microbes et les virus qui nous rendent tout d'abord malades, mais nos tendances négatives, destructrices nos condamnations de nous-mêmes. Quand on ne s'aime pas, on entre en guerre civile avec soi-même et le corps ne fera que manifester ce violent divorce. Alors les microbes et virus en stand-by envahiront le terrain propice.
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Quand on ne s'aime pas, on entre en guerre civile avec soi-même |
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La libération sexuelle |
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Placide Gaboury |