J'ai passé une bonne partie de ma vie à me couvrir. A couvrir mes fautes, à faire semblant, à ne pas dire ce qui était, à cacher mes faiblesses et mes erreurs. Quand je donnais des conférences, je prenais bien soin de prévenir mes auditeurs qu'il ne fallait surtout pas qu'ils me voient comme supérieur à eux, mais pendant tout ce temps, je me voyais justement ainsi, je me prenais au sérieux. Je me cachais derrière les connaissances apprises dans les livres et chez autrui, ne croyant pas que mes propres expériences soient suffisantes ou valables. Je ne me fiais pas à ma vérité.

 

Je cachais ma sexualité, je n'en parlais simplement pas. Je craignais surtout qu'on aborde ce sujet, qu'on m'interroge sur ma vie privée. Inconsciemment, je fuyais quelque chose, je couvrais mes manques et faiblesses sous des apparences de vertu et de générosité. Bien sûr que j'agissais alors en toute bonne conscience et avec sincérité. Mais aujourd'hui, je vois à travers tout ça, et je dois agir avec la sincérité et la lumière qui sont maintenant à ma disposition. Quand mes amis me disent que je suis inapprochable, hors d'atteinte, je suis profondément blessé. J'aurais tellement voulu être aimé. Mais qu'elle est la partie en moi qui est alors blessée? Celle qui crée des illusions, qui recouvre les choses inavouables, qui maintient un mensonge.

 

L'illusionniste en moi, c'est celui-là qui se sent menacé par des paroles vraies. Je ne veux pas être remis en question. Je ne veux pas qu'on me dise: tu me fais penser à un hérisson, tu te mets en boule dès qu'une femme veut t'embrasser, tu te justifies en disant qu'elle veut te materner, dès que n'importe qui veut t'approcher de trop près. Tu ne nous laisses pas être nous-mêmes, tu nous juges, tu voudrais qu'on soit comme toi. Tu nous caches tes points faibles, tu veux donner l'impression que tu n'es pas comme les autres, comme nous, mais au contraire, bien au-dessus. Mais maintenant, je suis acculé au pied du mur.

 

Mes amis m'empêchent de me couvrir, de me recouvrir. Ils me forcent à me découvrir, à me décaper. Ils me découvrent. Je suis très privilégié d'avoir des amis qui me maintiennent dans l'honnêteté et m'enlèvent les pelures que j'ai soigneusement accumulées. On ne peut rien leur passer. Mais il ne faudrait pas croire que ceci est un jugement, c'est dans la plus grande tendresse et l'acceptation complète qu'ils me critiquent. C'est sur un fond d'amour inébranlable qu'ils me mettent au pas et brassent ma cage. Je sais qu'avec eux je ne peux m'égarer, ce sont des guides et des témoins. Ce sont là les vrais amis qui font toute la beauté et la joie de la vie. Ils conservent mon regard clair et mon coeur droit. Ils surveillent mon illusionniste qui guette dans l'ombre. J'ai longtemps pensé que je serais moins aimé si je me présentais tel que j'étais. Il y a évidemment tout le conditionnement que j'ai reçu qui fait qu'on finit spontanément par se croire pas tout à fait comme les autres. Peut-être que j'étais même content d'être ainsi conditionné, cela faisait pas mal mon affaire.

 

Aujourd'hui je me découvre. Je me montre tel que je suis, mais uniquement parce que je me vois tel que je suis. Je ne pourrais me montrer tel quel si je me voyais faussement. Je ne peux pas me découvrir si je passe mon temps et mes énergies à me couvrir. Je découvre ce qui est vrai en moi, à mesure que les recouvrements sont enlevés, toutes les protections qui m'empêchaient d'être vulnérable et de me voir tel que j'étais. Je crains moins que l'on m'approche, et qu'on m'atteigne au coeur. Je crains moins d'être connu. Je crois que je tiens plus à être aimé et compris qu'à être admiré. Mais comme j'ai tenu à être admiré, tout en me plaignant amèrement d'être admiré plutôt qu'aimé, je me gardais bien d'être touché, par crainte qu'en me découvrant on cesse de m'admirer.

 

Je sais maintenant que je ne perds rien à être comme je suis, comme tout le monde, puisque je n'ai jamais été que cela. Je sais au contraire que j'ai tout à gagner à être complètement un avec moi-même, de vivre cette vie qui se vit à travers moi et en tant que moi, et que rien dans tout cela n'est insignifiant ou vide. Tout vaut la peine d'être expérimenté et vécu à fond. Et c'est en faisant cela que je remarque que les personnes que je rencontre sont plus touchées. Comme il faut s'aimer afin de pouvoir se laisser être comme on est !.

 

L'illusionniste

en moi,

c'est celui-là

qui se sent menacé par des paroles vraies

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Placide Gaboury

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