Je ne peux sauver quelqu'un d'autre et personne d'autre ne peut me sauver. Je veux dire par là que lorsqu'il s'agit de poser les gestes qui comptent, de dire oui à sa vie, de s'assumer, de se prendre en main, de faire face courageusement à son destin, personne ne peut nous remplacer. L'idée de rédemption (rachat) d'une âme est spirituellement un non-sens. Le Bouddha disait qu'on ne sauve que soi et qu'il faut faire diligemment son propre salut.

 

On a présenté Jésus comme le bouc émissaire puni pour nos péchés. Je n'y crois pas puisque dans la vie de tous les jours, on s'aperçoit qu'on ne peut changer personne. On s'aperçoit que depuis son avènement, Jésus ne semble pas du tout avoir sauvé le monde car depuis deux mille ans, il y a plus de viols, de meurtres, de guerres, de famines et de cruauté qu'auparavant. Mais si on ne peut sauver ou changer les autres, on peut faire quand même quelque chose. On peut tout d'abord rayonner. Rayonner de la compassion, de la douceur, diriger ses pensées et sentiments positifs vers quelqu'un qui souffre afin que cette lumière-force-tendresse qu'on envoie puisse servir si la personne veut se changer, se guérir ou se sauver. C'est elle alors qui utilisera l'énergie qu'on lui envoie, ce n'est pas à nous de programmer une guérison.

 

Deuxièmement, on peut répondre aux demandes d'aide. Quand quelqu'un est prêt pour un passage, une transformation, il l'indique par un appel à l'aide, il se fait réceptif, il demande, autrement c'est imposé, c'est notre volonté. C'est alors qu'on peut répondre. Mais jamais on ne dit à la place de l'autre le oui qui répare et transforme, jamais on ne peut prendre la place de l'autre dans l'acte qui lui donne sa liberté, qui affirme son autonomie et libère son amour.

 

Jésus dit bien qu'il faut que chacun porte sa croix. Il n'a donc pas pu porter la nôtre, sans quoi la responsabilité et la liberté humaines sont vidées de leur valeur, et le salut aussi. Tous les maîtres veulent faire de nous des adultes qui portent leur croix. Les maîtres qui la portent pour autrui perpétuent des infantiles. Les idées d'une rédemption par Jésus fondées sur sa mort en croix et sa résurrection sont des croyances et non des expériences vécues. Elles sont des opinions maintenues et imposées sans jamais être remises en question. Jésus est pour moi un homme complètement uni à Dieu, cette union qui est désignée par l'état christique. Si on dit que ce Christ, qui est le Soi divin en chacun de nous, est ce qui en nous nous libère de l'ego, je suis d'accord. Mais cela était connu avant qu'il n'arrive. Le Christ s'appelait l'Atman, le Soi, Shiva-Shakti, Osiris ou même la nature de Bouddha. Ce n'est pas nouveau, chacun doit faire ce travail d'éclater son petit je engoncé et durci comme un atome, chacun doit accepter de fond en comble son être et se pardonner, s'aimer.

 

C'est chacun qui doit dire oui, et personne de l'extérieur, que ce soit Jésus de Nazareth ou un autre, ne peut le faire à notre place. Ça n'a pas de sens pour moi de dire que Jésus a porté les péchés du monde, a plus souffert que les autres. On a surfait le personnage de Jésus, on en a fait une "superstar" et c'est quand on regarde et côtoie les autres maîtres qu'on s'en aperçoit.

 

Si les chrétiens pouvaient simplement accepter la possibilité que ce qu'on leur a raconté a eu lieu autrement ou n'a pas eu lieu du tout, cela les libérerait de leurs intolérances. La résurrection peut être vue autrement. Ce n'est pas quelque chose que l'on voit comme le Cirque du Soleil. C'est la transformation intérieure qui vient d'un passé complètement résorbé dans un présent complètement imprévu, c'est la force d'émergence contenue dans la décomposition d'une graine, qui libère son énergie comme un atome qu'on fait éclater. Cette transformation ne se passe pas dans le temps, mais dans l'être, au niveau où il n'y a justement pas de temps. Cela fait éclater le temps. De plus, la mort-résurrection de Jésus ne serait valable que dans la croyance qu'il faut une victime pour apaiser une Colère Divine. Mais s'il n'y a rien à apaiser, y aurait-il alors besoin de victime? Si c'est l'amour qui répare tout ce qui est déchiré et brisé, et non la punition?

 

Alors il n'est pas besoin d'être crucifié et battu pour répandre l'amour, pour faire éclater l'énergie captive dans l'atome. Un simple geste suffirait. Sans compter qu'on a largement exagéré les souffrances de Jésus. Il y a des gens partout qui souffrent davantage et on n'en entend pas parler. C'est très sentimental tout ce pleurnichage autour des stations du chemin de croix.

 

Jamais on ne peut prendre la place de l'autre dans l'acte

qui lui donne

sa liberté

. RETOUR .
. RETOUR .

Placide Gaboury

Changer les autres