Un courant d'eau est une force qui vient à bout de mille obstacles. L'eau qui coule sait où elle va, et elle y va le plus directement, le plus simplement possible. Plus elle est profonde, plus elle est silencieuse. Elle ne s'oppose pas, elle coule avec, épousant dans sa souplesse le contour qui la délimite mais ne peut la diriger. Elle colle à la terre, elle épouse le contenant, mais elle le ronge aussi dans la mesure où il s'oppose à sa liberté, car elle tend toujours vers la mer, vers la liberté. Toute eau doit se rendre à la mer, elle doit s'y rendre et aussi atteindre la mer dans une reddition complète, car l'eau s'achève par la mer comme une semence dans le projet final.

 

La voie spirituelle est la voie qui mène au-delà de la peur, vers la paix. Être spirituel ce n'est pas avoir des extases, des visions ou se sentir exalté, au bord des larmes, ce n'est pas employer un vocabulaire pieux, porter des vêtements particuliers, être végétarien ou prendre un nom oriental. C'est simplement, perdre toutes ses peurs lentement mais inlassablement, les unes après les autres. C'est être en amour avec les choses telles qu'elles se présentent, car à mesure que la peur s'en va, le vrai visage des choses apparaît dans sa clarté. L'enduit de préjugés et d'illusions qui nous fait mal apprécier les apparences et méconnaître le fond des êtres, c'est cette couche de peur qui charrie colère, haine, négativité et agressivité. C'est la peur qui cache la réalité, qui englue la vie, qui embue le regard. Elle fige, assèche et durcit.

 

Mais au fond de chacun de nous, tout comme dans le monde des choses, il existe une source de paix et d'harmonie, un espace invisible où se trouvent rassemblées toutes les lois de l'univers, tous les plans, où attendent toutes les potentialités. Cela veille en chaque être, en chaque événements, en chaque idée, en chaque corps. Tout est mû constamment par une énergie intelligente et universelle. Notre corps est un rassemblement de myriades de cellules dont chacune connaît le sens de l'ensemble et la marche à suivre pour créer et maintenir l'homéostasie. Toutes ces cellules sont interreliées, elles sont mues par un esprit de corps. Nos atomes sont rassemblés par ce centre spirituel, cette semence contenant tout l'arbre de l'univers. Toutes les parties de notre corps sont composées par la conscience, la même qui maintient en un seul organisme les parties de l'univers.

 

Et lorsque la conscience se retire d'un corps rassemblant ces constellations de cellules, il se décompose, sa galaxie se désagrège et arrose l'espace d'une perte d'étoiles, comme autant de graines s'échappent de spores éclatées. La composition de notre être ne s'est pas faite par un acte rationnel, ni par de l'émotivité. La conscience qui régit et rassemble l'univers prévoit notre être, nous nous prévoyons en elle, mais elle dépasse infiniment nos computations mentales. C'est pourquoi il est infantile de vouloir comprendre rationnellement pour quelle raison on est venu sur terre et comment il faut vivre sa vie, vers quoi cela mènera et de quoi nous sommes faits. "La raison, disait Einstein, ne peut expliquer l'univers.

 

La perte de cette conscience, ou plutôt l'oubli ou le mépris pratiqués par notre mental possessif vis-à-vis de cette conscience supérieure, nous a rendus ignorants, mesquins et destructeurs. L'être humain n'est complet, créateur et intelligent que s'il a reconnu sa source, son plan d'origine, l'énergie qui le soutient, le remplit et l'appelle infiniment. Et il n'est intelligent que s'il a retrouvé la bonté en lui, car au niveau habituel de la vie superficielle, bien sûr que la raison est séparée de la bonté. Aussi est-ce une raison chétive et une bonté sentimentale, mais à un niveau plus profond et plus décanté en nous, la bonté et l'intelligence ne font qu'un, car elles sont délivrées des limites de la peur. Cette bonté coule de source. On ne peut se l'approprier, elle est sans bornes et sans rives. Elle est toujours présente et rien ne peut être senti ou vu sans qu'elle vibre au coeur de l'expérience. On l'appelle aussi la vie, mais on s'est tellement habitué à regarder la vie avec les yeux seulement, qu'elle ne se dévoile plus à notre être profond. 

Une voie qui coule comme l’eau

Placide Gaboury

 

La voie spirituelle

est la voie qui mène

au-delà de la peur,

vers la paix

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