L'éloignement de chez soi conditionne le retour, pour se retrouver, il faut s'être perdu. Ainsi, on s'éloigne de son être véritable, vivant dans le mensonge, l'illusion et la peur, pour enfin rentrer au Coeur de son être.

 

Plusieurs de ceux qui lisent mes livres ou d'autres du même genre sont portés à croire que la lecture est une fin en soi et que l'exploit d'avoir lu "tous vos livres" fait évoluer automatiquement. La lecture est un stimulant, un éveilleur, un encouragement, mais elle ne fait pas le travail pour nous. Si l'on n'applique pas à soi-même et à sa situation concrète ce qui est lu, on n'en a pas vraiment profité, cela reste ésotérique, une chose non intégrée à sa vie.

 

Ce qu'il s'agit de faire, c'est confronter sa vie avec ces textes, se dévisager, s'attraper en train de dramatiser ou de mentir, en train de refuser un simple événement qui blesse. C'est dans l'action même, dans le contexte le plus quotidien et prosaïque que doit se vérifier ce qu'on vient de lire. Autrement, on se leurre, on peut se vanter d'avoir lu mais rien n'est changé. C'est de se changer qu'il est question, rien de plus, rien de moins. Je vous offre donc mon point de vue tiré de mes expériences et rencontres, de mon vécu et de mes lectures. Je ne parle au nom de personne, je n'ai pas d'Eglise, de système organisé financièrement cossu, je n'ai que ma parole et mon expérience, ma vie.

 

Vivre spirituellement, ce n'est pas flâner, c'est dépasser la tension, non la fuir. Il s'agit d'abandonner consciemment les tensions chaque jour. Et ceux qui croient n'en avoir aucune, du seul fait qu'ils vivent à part ou sans friction avec le public, retardent leur avancement en fuyant ce qui pourrait justement faire remonter à la surface les tensions cachées. Ce que beaucoup de gens fuient c'est la confrontation que la vie comporte. La confrontation avec eux-mêmes, puisque la vie est notre miroir. Ce n'est que dans le feu de l'action, au milieu des difficultés et des conflits que l'on progresse. La difficulté sert de repoussoir. Le conflit fait sortir ce qui est faux, agressif et dévié en nous. C'est là que les leçons sont à apprendre, en confrontant ses faiblesses et limites. Le calme plat qui vient de ce qu'on a évité toute confrontation, c'est le calme de l'inertie et de la paralysie. Aucune croissance n'est possible dans une stabilité ou une sécurité extérieure totale.

 

Pour entreprendre la vie spirituelle, il faut autant que possible être financièrement, émotivement et physiquement libre. Il faut être autonome. Si on ne peut se laver, travailler, manger et dormir régulièrement, on n'a pas assez d'ordre pour entrer en vie spirituelle. Toutefois, la discipline ne vient pas de l'effort, mais elle vient de l'intensité du désir d'être libéré, d'aimer. Quant à la nourriture, la façon dont on l'utilise est plus importante que ce que l'on mange. Un homme peut manger la meilleure nourriture et en faire du poison par son manque de lâcher prise, par son agressivité cachée. Ce sont les exercices de détente et d'abandon spirituel qu'il fait tout au long de la journée qui assurent une assimilation de la nourriture à tous les niveaux de son être, et non pas simplement aux niveaux psycho-physiques.

 

C'est la dimension divine en nous qui, alors, assimile et utilise l'énergie mise à sa disposition dans la nourriture. C'est chercher Dieu qui compte, c'est-à-dire céder en nous tout ce qui s'oppose à Lui. Sacrifier nos tensions à Sa Paix. En Inde, on dit que toute nourriture rappelle la pourriture, le corps le plus en bonne santé finit par mourir. Bien sûr qu'il faut se garder le plus possible en bonne santé et alerte, mais tout cela n'est qu'en fonction du lâcher prise, du travail absorbant et incessant qui consiste à céder nos tensions, à laisser tomber toute négativité, toute forme de possessivité, tout droit d'avoir raison. Face à une telle perspective, les problèmes de nutrition perdent de leur importance. L'intensité du désir de libération purifie bien des choses et remet tout à sa place.

Il n’y a qu’une clé pour rentrer chez-soi,

c’est la sienne

 

L'intensité du désir

de libération

purifie bien des choses

et remet tout

à sa place.

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Placide Gaboury

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