Zone de Texte: «FAQ» sur la Vie

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Zone de Texte: Les questions qu’on se pose sur la vie

1- Qu’est-ce que signifie le bonheur pour vous ?

Le bonheur n’est pas un sujet que je traite beaucoup dans mes livres, cependant c’est peut-être le seul sujet qui intéresse vraiment les gens : comment être heureux, comment fuir le malheur. Le bonheur, est-ce que c’est quelque chose, est-ce que c’est comme le plaisir ou la satisfaction ?. Si on interroge les gens heureux, ils ne savent pas habituellement pas quoi dire, ils ne savent pas pourquoi ils sont heureux. C’est peut-être ça un indice du bonheur. Les gens sont portés à voir le bonheur comme un plaisir tout d’abord, et que dès qu’ils ont eus du plaisir, ils diront qu’ils ont été heureux alors que ce n’était qu’un bien-être émotif. Quand on a eu du plaisir, du «fun», comme on dit au Québec, on associe cela au bonheur. Il y a le petit bonheur de Félix Leclerc, puis il y a les grands bonheurs avec un grand B, cela veut dire une vie heureuse, ce qui est bien différent du plaisir, d’une série de plaisirs ou d’un moment de plaisir. Alors, on peut se poser des questions et se demander si le bonheur vient d’ailleurs ou de quelqu’un d’autre, est-ce qu’il vient de la possession d’une chose ou d’un événement qui pourrait arriver dans l’avenir ?. Les objets qu’on a obtenu nous ont rendu heureux aussi longtemps qu’on les regarde, car ils représentent des valeurs sentimentales. Mais ce n’est pas ces objets qui nous rendent heureux, c’est qu’ils représentent pour nous des moments de bonheur. Le bonheur, ce n’est pas ces objets, c’est nous qui le donnons à ces objets, c’est nous qui les rendons heureux. Ce n’est qu’un symbole de bonheur. Le bonheur n’est pas dans les objets apparemment, car autrement, il faudrait être entouré d’objets agréables que l’on aime pour être toujours heureux. Mais on a tous eu ces objets agréables qui, pour un moment, nous ont rendu heureux, et après, on s’est ennuyé. Ce n’est peut-être pas ça le bonheur.

 

2- Est-ce que quelqu’un peut me rendre heureux ?

Souvent, on pense qu’une personne peut nous donner le bonheur. Le bonheur, ce n’est pas quelque chose qui court les rues, mais il y a beaucoup de gens qui courent les rues pour le trouver. C’est souvent vu comme quelque chose qui vient d’ailleurs : quand j’aurai fait telle chose, quand je serai divorcé, quand mes enfants seront partis, je serai heureux. Évidemment, ce n’est jamais le cas. Le bonheur n’est pas un objet, c’est peut-être ça qui est une grave erreur, de le voir comme une chose, un bien de consommation, alors que ce n’est pas du tout cela. Est-ce que l’on peut forcer quelqu’un à nous aimer ou a-t’on essayé de demander au ciel ou à des saints un coup de foudre, une personne qui nous rendrait heureux. Beaucoup de gens s’ennuient à mort, ils voudraient avoir quelqu’un qui partage leur vie ou qui les accompagne. On ne peut pas obtenir cela.

 

Un astrologue qui vous prédit une rencontre heureuse pour ce mois ou cette année, ne fera que vous faire vivre une période d’attente qui justement, bloquera le processus. C’est peut-être là un indice du bonheur. L’attente d’une chose, d’une situation, d’une personne ou d’une faveur quelconque de la vie. Mais quand on est dans l’attente, on souffre. On ne peut pas obtenir tout cela comme on ne peut obtenir l’amour de quelqu’un, ni obtenir la vie, car elle est donnée. Ce n’est même pas la mère qui donne la vie, c’est son corps qui donne la vie à un autre corps mais elle-même ne sait pas comment faire ça. La vie n’est pas obtenue, on ne la possède pas car ce n’est pas un bien qu’on a acquis, on ne peut pas l’acheter. On ne peut pas acheter l’amour comme on ne peut pas obtenir la guérison. On ne peut même pas obtenir le sommeil car il ne se commande pas.

 

On ne peut pas obtenir l’inspiration par la force, ni un coup de foudre.

 

3- Est-il possible d’être heureux ?

Le bonheur vient avec la vie, avec le cadeau de la vie. Si l’on n’est pas dans une attitude d’accueil prêt à recevoir, ça ne vient pas. Si on est prêt à prendre plutôt qu’à recevoir, ça ne vient pas. C’est peut-être là l’indice. Par exemple, les enfants d’environ six mois sont heureux, ils sont sans soucis, sans inquiétude, éblouis par la vie, en état d’étonnement, ils sont émerveillés, ils aiment tout, ils sont directs, leurs âmes sont complètement présentent, ils sont absorbés dans ce qu’ils font. Lorsqu’ils jouent, ils ne pensent à rien d’autre, ils peuvent passer d’un jeu à l’autre sans effort et sans tristesse. Il n’a pas moyen de savoir ce qu’ils font pour être heureux car ils ne font rien. C’est un état, ils sont naturellement heureux.

 

Si vous regardez les gens âgés d’environ cinquante ans et surtout chez les vieillards où cela peut paraître d’avantage, parce qu’à cet âge, ils ont fini la tâche de consommer, d’obtenir, d’acquérir et de se batailler pour gagner leur vie. Ils sont capables enfin de laisser la vie se reposer en eux, agir spontanément, admirer les choses, jouir de la vie, ne plus s’inquiéter et penser peut-être à autre chose, c’est-à-dire à l’au-delà. C’est peut-être un autre indice du bonheur.

 

Les gens qui sont capables d’intégrer l’au-delà dans leur vie ont plus de chance d’après moi d’atteindre l’équilibre et le bonheur, que les gens qui ne voient que cette vie-ci. Dans une seule vie de soixante-dix ans, ce qui est une moyenne, on n’a pas fait tout ce que l’on a voulu et on reste sur une frustration. Et au moment où tout va pour le mieux dans notre vie, c’est là que ça s’arrête. Alors, notre vie n’est pas une réussite sur le plan d’obtenir ce que l’on veut, de réaliser tous ses rêves. Finalement, sur ce plan, c’est un acte de frustration la vie.

 

Si l’on regarde les gens qui vivent sur la terre avec un petit lot, un jardin et quelques animaux, qui sont absorbés dans leurs occupations et qui aiment ce qu’ils font. Il y a dans cet exemple, un élément de bonheur qui échappe à plusieurs personnes qui cherchent, ceux qui sont pris dans ce que j’appelle « le complexe Olympique », ceux qui veulent absolument obtenir, avoir le premier prix, dominer, réussir contre les autres, au-dessus des autres, être le coq sur le tas de fumier. Alors, la délivrance pour les gens âgés qui sont presque forcés de se contenter des choses simples, est qu’ils ont découvert que le bonheur vient quand on ne cherche plus.

 

4- Quelles seraient les conditions pour être heureux ?

Certains éléments du bonheur peuvent être détectés, le fait d’être engagé dans quelque chose, avoir un but dans la vie, un rôle à jouer, un destin. Quelqu’un qui n’a pas de but, qui ne sait pas où il va, trouve que la vie n’a pas de sens, et la vie ne peut pas être heureuse quand il n’y a pas de sens. En anglais, le mot sens « meaning », signifie que ça veut dire quelque chose parce qu’on est utile, que nos gestes sont conséquents. Et si l’on a pas ce degré de satisfaction sans toutefois avoir un poste élevé, être premier ministre ou une star, il est impossible d’être heureux. Et même dans ces domaines convoités, il y a autant de gens heureux que malheureux. Les gens vraiment heureux ne se trouvent pas nécessairement dans ces états de gloire, de domination ou de pouvoir, mais beaucoup plus parmi ceux qui sont contents de ce qu’ils sont et de ce qu’ils font. Mais je pense qu’il faut avoir quelque chose à faire. Chez les gens âgés qui sont habituellement mis de côté, et souvent vers l’âge de 55 ans, on leur enlève le sens de leur vie, parce que leur vie c’était de travailler, de faire quelque chose qu’ils aimaient, et on laisse cela aux plus jeunes. En plus, on prive ainsi la société d’énormément de richesse en leur enlevant le sens de leur vie qui était de faire quelque chose d’utile, d’être engagé, occupé, absorbé à faire quelque chose,  en bref, avoir un but. Mais pas avoir comme but le bonheur, car le bonheur ne peut pas être un but.

 

Si l’on cherche à être heureux comme si c’était un but à atteindre, on cherchera toujours dans quelque chose, une situation, une action, un temps à venir, une personne. Et bien sûr, ça n’arrive jamais parce que ce n’est pas quelque chose le bonheur. Il y a seulement des gens heureux car le bonheur, ça n’existe pas, ça ne court pas les rues, et ça n’arrive jamais. Ce n’est pas une chose, ce n’est pas comme posséder un chien ou un chat. Ce n’est des êtres le bonheur, c’est un concept comme l’amour, car l’amour ça n’existe pas comme tel. Ce sont des gens qui aiment qui existent. Les gens heureux ça existe, mais le bonheur, c’est une abstraction, et c’est tellement à la mode de donner place à des abstractions de succès ou de justice, qui non plus, n’existe pas sur terre du moins. On pense que parce que le concept existe, la chose réelle va exister.

 

5- Comment arrive-t’on au bonheur ?

Le bonheur n’est pas une chose, c’est une idée que l’on charrie depuis Platon et même avant, alors qu’on plaçait le bonheur dans les choses plus élevées comme la vertu ou la vérité. Mais dans la vie réelle, le bonheur est insaisissable et même sans beaucoup de sens, car on ne sait pas réellement ce que cela signifie le bonheur. Est-ce que c’est d’être avec quelqu’un ou ne plus avoir de souffrances physiques ?. Cela est souvent confondu avec le bien-être ou le mal-être, qui sont deux pôles opposés qui renvoient au bonheur du corps. Mais lorsque le corps commence à faiblir, on ne serait plus heureux ?. Il faudrait que ce soit autre chose, que le bonheur soit plus profond que le corps.

 

Il ne s’agit peut-être pas de chercher dans les choses dont j’ai parlé, il s’agit plutôt d’aimer ce qu’on est, d’aimer sa vie. De s’aimer assez pour ne plus être divisé entre ce que je suis et ce que je veux être, entre ce que j’ai et que je n’ai pas, entre ce que j’aime et que je voudrais obtenir. Il faut arriver à réduire de plus en plus l’écart entre ce que je suis et ce que je veux être, ce que j’ai et ce que je veux avoir,  pour devenir la même chose. En d’autres mots, qu’on se contente de ce qu’on est et de ce qu’on a. C’est ce que le Tao dit : la façon dont le monde coule, une sorte de spontanéité dans la vie qui fait que les événements s’écoulent sans qu’on ait aucun pouvoir sur les événements, le temps ou sur la température. Ceux qui pratiquaient le Tao comprenaient, voilà 2,500 ans, que le bonheur ou cet état d’accord avec la vie était impossible, que si on était d’accord avec le scénario de la vie.

Placide Gaboury répond à vos questions

Placide Gaboury répond dans ces pages aux questions sur le bonheur

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